La Bibliothécaire d’Auschwitz, A. G. Iturbe

La Bibliothécaire d’Auschwitz, de Antonio G. Iturbe (ES), Flammarion, 2020

Synopsis :

A quatorze ans, Dita est une des nombreuses victimes du régime nazi. Avec ses parents, elle est arrachée au ghetto de Terezín, à Prague, pour être enfermée dans le camp d’Auschwitz. Là, elle tente malgré l’horreur de trouver un semblant de normalité. Quand Fredy Hirsch, un éducateur juif, lui propose de conserver les huit précieux volumes que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens du camp, elle accepte.
Au péril de sa vie, Dita cache et protège un trésor. Elle devient la bibliothécaire d’Auschwitz.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Oui, encore un livre parlant d’Auschwitz ! Vous en avez marre de ce sujet, trop entendu aux cours d’histoire, etc. ? Très bien, avant d’arrêter cette lecture, prenez ceci en compte : c’est un devoir de mémoire afin que l’histoire ne se répète pas ! Ces horreurs, que vous le vouliez ou non, ont existé et il convient parfois de s’y plonger pour tenter de comprendre l’incompréhensible. Loin d’être moraliste, je désirais juste introduire ce roman ainsi, pour que personne ne perde son temps si la thématique ne l’inspire pas. Personnellement, c’est un sujet qui me tient à coeur ! Pondre une chronique structurée sur un tel bouquin relève de la gageur, merci donc d’être indulgent.

Le personnage central n’est autre qu’Edita Adlerova (Polachova de son vrai nom), dite Dita, ou encore Ditinka. C’est une Tchéchoslovaque de 14 ans qui n’a encore rien vécu et pour elle, chaque jour où elle se réveille est un jour de gagné. Son seul crime : être juive. Elle a l’air chétive et réservée, mais en réalité, elle fait preuve d’un courage hors du commun, d’une grande intelligence, d’un aplomb parfois surprenant et possède de solides épaules qui lui permettront de s’en sortir. Ce n’est donc pas un hasard si le chef du camp, Fredy Hirsch, l’a choisi comme bibliothécaire. Il a su lire en elle sa capacité à jouer un rôle capital dans le Block 31, un rôle pouvant lui coûter la vie à tout moment. Dita est accompagnée de ses parents, enfin, accompagnée… Elle dort dans le baraquement des femmes avec sa mère, passe la journée avec d’autres enfants, et son père est dans un autre baraquement. Elle passe également pas mal de temps avec Magrit, une fidèle amie, qu’elle n’oubliera jamais.
Comme cité plus haut, Fredy Hirsch gère le Block 31. Ce professeur de sport ne cesse de démontrer son héroïsme, bravant des interdits, gardant la tête bien haute et faisant bien comprendre aux nazis qu’il ne lui arracherait pas sa dignité de sitôt. Il fait partie des grandes figures de ce roman. A ses côtés, un enseignant loufoque, Morgenstern, ou encore Otto Keller, un jeune homme très cultivé. Il existe encore bien d’autres professeurs ainsi que des assistants.
En dehors du Block, on suit sporadiquement les histoire de Rudi Rosenberg, membre de la Résistance, et Alice, une fille pour qui il a le béguin.
Plus étrange, la relation entre un SS, Viktor Pestek et une détenue juive, Renée.
Histoire de ne pas tout dévoiler, sachez que de ses attirances vont naître des actes de folie…
Vous pourrez également distinguer des noms historiques que je ne prendrai pas la peine de trop détailler. Rudolph Höss, Eichmann, Schwarzhuber et surtout le docteur de la mort, Joseph Mengele, d’une froideur impitoyable, à l’extrême limite de l’humanité, qui vous glace le sang à chacune de ses apparitions. Gardez bien en mémoire que ce dernier n’a jamais été jugé et a passé une vie assez calme et sereine.

Les décors sont des plus basiques et pour cause : c’est la guerre ! Les 3/4 du roman se passent à Auschwitz-Birkenau II, au BIIb, Block 31, section familiale. Le dernier 1/4 n’arrange rien car il s’agit du camp de Bergen-Belsen. Ne pensez pas y découvrir de merveilleuses descriptions de nature, de bonnes odeurs, de sifflements d’oiseaux, des somptueux goûts des repas ou de la qualité des vêtements habillant les acteurs. Ceci dit, A. G. Iturbe dresse un portrait brut de ce à quoi pouvaient ressembler ces camps de concentration innommables. Pensez à des couleurs ternes, tous les jours une soupe lavasse dans laquelle, un grand jour de chance, vous trouverez un petit morceau de pomme de terre, à un quignon de pain quotidien, les seuls animaux que vous croiserez seront les poux, les puces et les chiens des gardes, vos habits sont des haillons, des SS se baladent partout, dont un médecin qui fredonne de la musique classique… Bref, des zones d’enfer dans l’enfer d’une guerre infernale.
Comme elle le déclare elle-même dans une interview : « Quiconque n’a pas été à Auschwitz ne peut pas le décrire. En fait, aucun mot n’existe pour désigner ces atrocités ».

Un fil rouge simple clairement défini dans le synopsis : Dita doit gérer huit livres sans qu’un nazi ne le remarque, sinon, c’est la mort. Un livre dans un camp d’Auschwitz est un luxe inimaginable, une interdiction que personne ou presque n’ose bafouer. Il y en a en français, en russe, en allemand, en tchèque. Cela va d’un ouvrage de Freud au Comte de Monte-Cristo, d’un simple Atlas à l’histoire d’un soldat tchèque très drôle. Bref, même un livre de cuisine aurait suffi à égayer la journée des enfants. A quoi bon entretenir ces fichus livres ? Pourquoi est-ce si important pour Hirsch et Dita ?
Les jours passent, les semaines. Des morts, des wagons remplis de nouvelles têtes, encore des morts, du gaz, des pendaisons, la machination impitoyable de la solution finale, l’Holocauste que trop de gens oublient. La faim et la soif, l’arrivée dans un monde peut-être meilleur à Bergen-Belsen… Du travail à en mourir, des détenus qui n’en peuvent plus, des SS qui préfèrent laisser leur conscience aux vestiaires sous prétexte qu’un ordre est un ordre.
La trame est là : l’histoire que cette petite bibliothécaire a vécu durant la seconde Guerre mondiale.

Que d’émotions dans La bibliothécaire d’Auschwitz ! Un panel très large qui jouera au yo-yo avec votre cerveau. Je ne peux pas trop expliquer l’exact ressenti, c’est bien trop personnel. Notez peut-être que je n’ai jamais autant soupirer durant une lecture, et mes sourcils sont demeurés froncés de longues heures. Etant donné que je privilégie la lecture lorsque les enfants sont au lit, je vous laisse imaginer dans quel état d’esprit je tentais de trouver le sommeil ! Que de cauchemars, de noirceurs, d’abominations, de courage et de rêves brisés…

Déjà happé par le titre de ce roman, j’ai rapidement décelé en lui un coup de coeur comme rarement. Ceci dit, je l’ai lu avec un plaisir mitigé. Ce joli pavé de 500 pages est sans nul doute l’un des plus atroces que j’ai osé ouvrir et il m’a fallu une dizaine de jours pour l’achever. Chaque page, ou presque, est une gifle, un coup de poignard qu’on vous retourne non-stop, ce missile qui vous coupe la respiration, cette terre poisseuse qui irrite votre oesophage et cette encre couchée sur la papier qui vous brûle la rétine à n’en plus finir. A. G. Iturbe avait entendu parler de cette fameuse bibliothécaire à travers un ouvrage puis est entré en relation avec elle de manière fortuite. C’est alors qu’il a décidé de s’attaquer à son vécu et débuter l’aventure de La bibliothécaire d’Auschwitz. Dita a existé, et elle vit encore ! Ce livre résonne comme un témoignage des plus bouleversants qu’il vous sera donné de découvrir. Mais allez-y à tâtons, nul ne parviendra à en sortir indemne.

PS : J’ai tenté de faire au plus court pour cette chronique, sinon j’aurais dû m’étaler sur plusieurs jours et il se fait tard là.