Impact, O. Norek

 

Impact, de Olivier Norek (FR), Michel Lafon, 2020

Synopsis :

Face au mal qui se propage
et qui a tué sa fille

Pour les millions de victimes passées
et les millions de victimes à venir

Virgil Solal entre en guerre,
seul, contre des géants

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Sixième roman d’Olivier Norek, mon auteur francophone préféré. Avec patience, j’ai attendu Impact et les promesses de belles soirées de lecture, de quelques tweets auxquels il répond très souvent et de promesses d’évasion à travers ses idées. Et comme toujours, je n’ai pas été déçu car, sachez-le, ce bouquin, c’est de la dynamite littéraire qui vous scotche immédiatement !

L’histoire part d’un drame familial : la perte d’un enfant. Virgil Solal et sa femme Laura ne s’en remettront jamais et le père ouvrira les yeux sur une réalité dur, froide et implacable. L’homme prend alors les rennes de la rébellion avec le groupe « Greenwar ». A la base, c’est un soldat, pur et dur, qui obéit aux règles car c’est ainsi qu’on agit dans ce domaine où la grégarité est le maître mot. Solal va minutieusement préparer un plan de bataille jusqu’ici jamais réalisé, un vrai Marc-Aurèle guidé par un but unique. En colère devant l’effondrement de notre civilisation, il décide de frapper où ça fait mal tout en prenant un maximum de place dans les médias. Son combat est mené pour sa fille, pour l’Homme, pour la planète, pour nos enfants, pour vous et moi. Est-ce un meurtrier ? Un écoterroriste ? Un héros ? Est-il fou ? Juste utopiste ? Nos réponses divergeront obligatoirement. Pour ma part, Solal est un révolté auquel je donne tout crédit.
Virgil Solal, ce n’est qu’un homme, ça pourrait être vous, ou même moi.
Comme interlocuteurs au 36 Bastion, Solal fera face à Diane Meyer, une psychocriminologue agoraphobe et hypocondriaque. La jeune femme demeure intéressante car très vite, son avis vacille lorsqu’elle décortique le profil du ravisseur. Ses croyances sont remises en question, sa vision du bien et du mal également. Détestant paraître au premier plan, elle devra s’y faire parce que très vite, on va parler d’elle et de son grand rôle. Son collègue pour cette mission est le Capitaine Nathan Modis, du 36 Bastion. Au début, un flic comme tant d’autres. Mais Modis a du coeur et prend Diane sous ses ailes, la protège, la couvre des coups qu’elle pourrait prendre. Un papa-poule veuf élevant seul sa fille en pleine révolte sociale et absorbée par les discours de Solal. Le Capitaine saura aussi calmer les ardeurs de son supérieur tout en gardant un pragmatisme à toute épreuve sur le déroulement des faits d’un point de vue policier.
En seconde partie de roman arrive Atomic 8. Cette études d’avocats est dirigés par deux anciens rivaux : le vieux loup du droit Lorenzo Gerda et Fabien Attal, bien plus jeune et assoiffé de justice. Dès qu’Attal prend la parole, svp, éteignez la lumière, sortez le pop-corn et écoutez sagement. Lui, en cours d’assises, c’est un guerrier ruant dans les brancards ! J’ai aimé son culot, son franc-parler, ses idées et son courage de piquer là où ça fait mal. Non loin de lui, Solal lui soufflera les mots justes…
Même s’il existe tout plein de personnages secondaires, je relèverais celui de Tearanui, jeune fille de Tokelau, laquelle reçoit une sorte de mission de son grand-père qui a rêvé de son avenir. Quittera-t-elle son archipel ?

Il a de très nombreux décors dont la plupart demeurent très courts. Tout commence dans le delta du Niger où l’on découvre Virgil Solal pour la première fois. Là-bas, les marées noires vous glacent le sang, les maladie et les charniers choquent ; d’emblée cela donne le ton pour les autres lieux.
On revient en France et l’auteur nous fera passer bien du temps à Paris entre le 36 Bastion (ex Quai des Orfèvres) ou à la cours d’assises. Brièvement, on aura droit à un saut en Aveyron, en Normandie et surtout un lieu idyllique et utopiste dans les Pyrénées. Les lieux semblent assez fidèles à la réalité, les descriptions utiles bien présentes et aucune fioriture pour perdre le fil.
Entre quelques chapitres sont nichés des « Nouvelles du Monde » et c’est là qu’on repère l’ampleur du travail effectué par Olivier Norek. Je vais tâcher de faire court, juste donner une idée sans trop me perdre.
On débute par la Loire avec de la grêle monstrueuse. Puis l’océan Pacifique Nord et la découverte d’un continent de plastique (qui rappelle des passages de la saga Autre-Monde de Maxime Chattam). Direction la Nouvelle-Zélande, nouvel eldorado pour multimilliardaires se cherchant un bunker en prévision d’une fin du monde. L’horreur grandit avec un détour dans le Cercle arctique, au nord-est de la Sibérie où les ours polaires peinent se remplir la panse. L’effroi se poursuit dans deux zones en Inde, avec la Capitale mondiale de la pollution, New Dehli, où l’on découvre l’existence de bar à oxygène (!), puis à Gujarat, où les crues amènent les crocodiles à se promener en ville. Un dernier saut nous conduit dans les Territoires de l’APY, au centre-ouest de l’Australie, où des snipers ont une drôle de mission, à savoir tuer des milliers de dromadaires afin de protéger les sources d’eau. Comme carte postale finale, aucun drame, si ce n’est dans un avenir assez proche, avec l’Archipel de Tokelau, en Nouvelle-Zélande, lieu de naissance de Tearanui. 
Ce qui est difficilement supportable dans ces « Nouvelles du Monde », c’est qu’elles ne sont aucunement le fruit de l’imagination de l’auteur. Tout s’est réellement déroulé et tout est documenté. Ci-dessous, la galerie d’images vous permettra de vous faire une idée assez précise de ces informations.

Il va être complexe de vous parler de la trame sans dévoiler un élément crucial et je ne souhaite surtout pas vous gâcher le suspense d’une lecture prochaine. Tentons de faire des zigzags imprécis.
Tout commence avec une prise de conscience de Solal qui va profondément le toucher, l’amenant à la révolte : « Greenwar » est né. Le kidnapping d’un personnage sera nécessaire, mais il ne faudra pas capturer n’importe qui, et surtout, pas en faire n’importe quoi. Le vice d’Olivier Norek a déniché un moyen merveilleux d’adhérer aux idées de Solal. Pas de rançon, plutôt autre chose de plus utile, de plus humain.
Les dialogues sont francs, y compris ceux de la DGSI ou des politiques qui tentent d’enrailler une machine trop bien huilée.
Les chapitres sont tous très intenses, rapides et chaque page révèle des richesses insoupçonnées. Un page-turner que l’auteur est parvenu à enrichir avec ses nombreuses recherches criantes de vérité. 

Avec ImpactNorek a sans doute voulu choquer et je pense pouvoir dire que ce sera facilement réussi. Certaines parties sont abominables à lire sachant qu’elles sont réelles. L’auteur joue avec nos émotions primales ; colère, rancoeur, haine, profond dégoût, irritation, peur, beaucoup de tristesse, un peu d’amour, inquiétude, embarras, sérénité et optimisme. Il va sans dire que l’humanisme connu de Norek atteint ici son paroxysme avec un sujet central autant capitale que l’écologie. Il sait créer des paradoxes qui vous renverront également à des interrogations nécessitant une introspection. Car au fond, dans ce roman, qui est le méchant ? Que faîtes-vous pour l’humanité ?

Un nouveau coup de coeur (6 fois en autant de romans) pour ce roman coup de poing, qui va, espérons-le, faire couler énormément d’encre. Ce très cher Olivier Norek réussit un chef-d’oeuvre en s’aventurant dans un domaine initialement loin de ses compétences d’ex-flic. Une thématique absorbante, d’actualité, qui vous fera radicalement changer votre vision du monde.