Le jour du chien, P. Bauwen

Le jour du chien, de Patrick Bauwen (FR), Albin Michel, 2017

Synopsis :

Les ténèbres sont mon domaine. Le métro, ma cité des morts. La souffrance de mes victimes, mon plaisir.
Je suis le Chien. Inquisiteur ou Guerrier saint, comme vous voudrez. Dieu est avec moi.
Djeen, je croyais l’avoir tuée. C’était il y a trois ans. Déchiquetée par les roues du métro.
Et voilà qu’elle me menace… Je dois la retrouver avant que Kovak ne le fasse. Et ce jour-là signera l’apogée du Mal.

Sur les traces d’un tueur psychopathe, dans un Paris souterrain plus hallucinant que l’Enfer, un thriller sombre et palpitant par l’auteur de « L’oeil de Caine » et de « Monster »..

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Sur Instagram, j’ai aperçu à de nombreuses reprises que Patrick Bauwen venait d’achever sa trilogie. Ah bon ? Mais… je n’ai lu aucun de ses bouquins ! Comment est-ce possible alors que les critiques le mettent sur un piédestal ? Ni une ni deux, j’ai attaqué le Tome 1 : Le jour du Chien. Pour faire court, il m’a fallu quatre soirée pour avaler les 434 pages !

Le roman est écrit à la première personne lorsqu’il s’agit du Dr Christian Kovac et à la troisième personne pour tous les autres protagonistes. Kovac est de loin le plus attachant parce qu’il est drôlement imparfait pour un héros. Il a un passé assez sombre de toxicomane, il n’hésite pas à jouer avec l’éthique même si cela va à l’encontre de son rôle de médecin. De plus, malgré bien de périlleuses situations, il fait preuve d’un grand courage et d’une dose d’humour inattendue. Il rencontre très rapidement Audrey Valenti, une juge qu’il a tirée d’une situation chaude dans le métro. Elle sort d’une relation compliquée, elle a empilé les mauvais garçons, elle est fraîche et belle. Sa position sociale fait d’elle une excellente alliée. Kovac ne la laisse pas indifférente ! Lui aussi a le coeur brisé après le meurtre de sa femme voilà trois ans. Aux côtés du médecin, il ne reste que son beau-frère, Sam, qu’il connaît depuis leur enfance. L’ex-femme de Kovac, Djeen, refait surface via un enregistrement d’une caméra de surveillance dans le métro. Sur la vidéo, on voit Christian sauver Audrey, et en arrière-plan, Djeen. Est-elle mort ou y a-t-il machination ? Elle souffrait du syndrome d’Asperger et travaillait en qualité d’infographiste pour des grosses productions. Christian et Audrey vont dès lors se mettre à sa recherche. Dernier de l’équipe, un petit gangster du nom de Youri Chamchourine, un ami/ennemi d’enfance de Christian et Sam. Il va surtout être un bon logisticien dans leur quête de vérité.
Les flics ayant enquêter sur le meurtre de Djeen jouent également leurs cartes. Il y a le commandant Armando Batista, excellent flic, acharné du boulot au détriment de sa famille, qui n’apprécie pas Kovac et encore moins un pseudo retour de sa défunte femme. La lieutenant Louise Luz, une vraie flic bosseuse, pas lèche-bottes, dotée de bien des connaissances mène l’enquête tambour battant.
Il ne manque pas de méchants dans ce roman ! Déjà, il y en a un qui porte deux noms : le Chien, alias Carter Clay. Est-ce le même homme ? C’est lui qui a tué Djeen et pourtant, il a réussi à disparaître de son unité psychiatrique lors d’une permission. Il avait plaidé la folie, et ça avait fonctionné alors que le bonhomme est clairement un psychopathe en force ! Il vit dans les sous-sols de Paris, dans les catacombes, les poubelles, adore la torture, tous les vices imaginables. Un autre personnage intéressant, l’homme en blanc, Elon Tectus. Un milliardaire d’un groupe pharmaceutique désirant se lancer en politique. Quel lien a-t-il avec Djeen ? Sa femme, Wanda Tectus, souffre du syndrome de ceux qui ont tout et trop. Et, elle en a sa claque. Du coup, elle repousse ses limites jusqu’à la limite du possible. Un agent de sécurité de Tectus, David Zimmermann, aura également sa carte à jouer. Il aura tantôt le rôle de fumier, tantôt celui d’aide.
Bien sûr, afin de ne rien dévoiler, j’ai volontairement semé quelques pièges dans les personnages…

Comme terrain de jeu, Patrick Bauwen nous emmène à Paris. Mais attention, je tiens à préciser dans l’intérêt de toutes et tous qu’il nous fait visiter les trois étages de Paris ! On passe de Montmartre au Marais, un building de la Défense aux différentes lignes de métro, y compris celles abandonnées, avec leurs excavations, leurs locaux techniques, etc. Et enfin, vingt mètres sous la ville, les fameuses catacombes. Certains passages m’ont immédiatement fait penser à La promesse des ténèbres de Maxime Chattam. Autant vous prévenir que l’auteur ici ne nous a rien épargner, tous les détails sont préciser afin de nous faire bien profiter de sa visite guidée ! En tout cas, attendez-vous à du sordide à plusieurs reprises.

La trame de Le jour du Chien peut paraître assez banale et pourtant, méfiez-vous, car l’auteur m’a bien roulé dans la farine alors que je pensais l’avoir déjoué ! Ce n’est pas juste l’histoire d’une revenante que son mari tente de retrouver. C’est beaucoup plus subtil que ça et ficelé à merveille.
Les personnages récurrents varient régulièrement et l’on devine aisément qu’à un moment, tout le puzzle va s’emboîter. L’intrication va prendre du temps, de la sueur et beaucoup d’onychophagie ! Les voix sont bien différentiables, on a même l’impression que plusieurs auteurs ont travaillé sur ce roman tant les styles divergent. Les chapitres sont relativement courts, intenses et ponctués de quelques cliffhangers bien glissants !
J’ajouterais un point fort intéressant de Patrick Bauwen : ici et là, il parsème de réelles études sur des thèmes contemporains, le fruit de recherches scrupuleuses. Il va même jusqu’à nous faire partager sa grande culture générale qu’il distille avec soin : domaines du médical, de l’histoire, de l’ésotérisme, de la pharmacologie, de la psychologie, de la sociologie, des technologies. On sent qu’il aime ce qu’il écrit, qu’il se passionne à l’idée de nous apprendre des choses.

Si vous êtes en manque d’émotions, allez-y, foncez avec ce roman dynamitant ! Un suspense à couper le souffle, du macabre qui vous retournera l’estomac, une épopée violente, sèche et parsemée d’embûches que vous croirez vivre vous-même. L’immersion est totale, vous êtes Kovac, vous reniflez le Chien, les bas-fonds de Paris. Un pur régal ! Et les dernières pages… la rage !!!

Il m’a fallu vingt pages pour être accroché, quarante pour y devenir addict et après cent, je savais que Le jour du Chien serait un coup de coeur. Une telle qualité de travail n’est pas donnée à tout le monde et il faut savoir le relever lorsqu’il saute aux yeux. N’ayant lu qu’un roman de Patrick Bauwenje sais déjà que je vais lire la suite car il a tout, absolument tout, du grand auteur.