La nuit de l’ogre, P. Bauwen

La nuit de l’ogre, de Patrick Bauwen (FR), Albin Michel, 2018

Synopsis :

La mort est un art. Vous en êtes le spectateur. Et vous pourriez être sa prochaine victime. Des sous-sols de Paris aux recoins obscurs des facultés de médecine, Chris Kovak, médecin urgentiste, se lance à corps perdu dans une enquête qui ressemble à une nuit sans fin.

Après Le Jour du chien, Prix polar 2017, Patrick Bauwen signe un thriller aussi effroyable que maîtrisé.

Avis : 4.8/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

L’avantage de n’avoir rien lu d’un auteur réside dans notre possibilité à enchaîner ses écrits. Avec la trilogie de Patrick Bauwen consacrée au docteur Kovak, j’ai saisi cette aubaine et sans le moindre regret. Après Le jour du Chien, que j’ai dévoré, voici La nuit de l’ogre, que j’ai tout autant apprécié !

Dans ce tome 2, on retrouve bien quelques personnages intéressants pour lesquels je ne vais pas trop m’attarder car l’essentiel est déjà défini dans ma chronique du premier tome.
Tout d’abord, le docteur Christian Kovak qui se retrouve enquêteur malgré lui. Toujours sujet à une dépendance pharmacologique, toujours aussi intuitif. Tout tourne autour de la famille de sa surveillante aux urgences, Greta Van Grenn. On voit moins cette dernière dans cet opus et pour cause : sa fille Justine a disparu. Son mari, Robert, et elle demandent donc au Dr Kovak de mener la quête. La colocataire de Justine, Samia, va lui révéler des informations assez troublantes sur leur virée deux jours auparavant chez le professeur Hoffman, un doyen d’université à la retraite.
En parallèle, la police est sur le pied de guerre avec son unité spéciale Evangile car la jeune fille a disparu dans le métro. Suite à leur précédente enquête, certains ont gradé comme Batista et Luz, les principaux investigateurs qui n’ont pas changé d’un poil. Dans leurs rangs, Audrey Valenti a pris la place de lieutenant au grand désarroi du Dr Kovak. Pour compléter l’équipe, Florian d’Apremont, un costaud très direct, les cousins Blériot et Penneroux surnommés « Les brigades du Tigre » à cause de leurs physiques et Wang pour ce qui est de la technologie. Parmi eux se cache un terrible prédateur… Je n’en dirai pas plus.
Qui est donc le mystérieux Homme au chapeau Melon, mythe sorti d’une fraternité universitaire, qui cumule les cadavres (et des morceaux de cadavres) ? Sournois, intelligent et diabolique, il sème le chaos depuis très longtemps. Assez pour réveiller la mémoire d’un personnage clé qui revient avec des intentions malsaines. L’Homme au Chapeau Melon utilise un sbire pour les tâches d’importance moindre, Vasil. Lui, il m’a bluffé et roulé dans la farine, alors méfiez-vous de ce cocaïnomane qui se cache dans le décor.

La majeure partie de ce roman se déroule à Paris, dans les Facultés de médecines ou le métro. Patrick Bauwen nous convie tout de même à sortir de l’île de France pour crapahuter dans la baie de Somme. On a même droit à un bref séjour mouvementé en Floride. A nouveau, l’auteur prend le temps de nous décrire les différentes scènes en utilisant tous nos sens. C’est avec une facilité déconcertante que j’ai réussi à me projeter dans ces endroits.

Le seul petit bémol de La nuit de l’ogre par rapport à son prédécesseur se trouve, à mes yeux, dans la trame. C’est un tout petit détail, mais j’avais envie de le relever. Si les 100 premières pages s’envolent comme des plumes, l’enchaînement peine à venir. L’enquête tire en longueur, on tourne un peu en rond et on a droit à être spectateur d’un tableau figé. Il a fallu dépoussiérer quelque peu des confréries universitaires, y compris celle crée par le Dr Kovak en personne, pour que le récit reprenne de sa superbe. C’est subtile, sans doute suis-je trop impatient, mais j’avais préféré le rythme soutenu et sans pause de Le jour du Chien. Attention ! Je tiens à préciser que le scénario demeure un chef-d’oeuvre ! L’histoire de l’Homme au Chapeau Melon est passionnante, tout comme les passages sur Hoffman et les Memento Mori. La fin est réellement passionnante, surprenante et invite à ouvrir le livre suivant sans trop tarder. On retrouve aussi le style propre à l’auteur variant la narration entre les chapitres : tantôt Kovak narre à la 1ère personne, tantôt c’est écrit à la 3ème. Les chapitres sont assez courts et on poursuit plusieurs scènes en parallèle.

Surprise, horreur, stupéfaction, empathie, humour grinçant et impatience risquent d’être des émotions qui vous attendent. Sachez, en guise d’échantillon, que tout part d’un tête décapitée reposant dans un bocal de formol ; un visage de femme ayant été malmenée. Imaginez un médecin qui cumule les médicaments comme des Mentos, avec de l’alcool, et qui manque à ses devoirs professionnels. Pensez à des gens qui disparaissent subitement. Laissez-vous guider à travers un manuel de la torture à l’aide d’outils simples. Si vous kiffez le post-mortem, vous n’allez pas être déçu et aurez de quoi satisfaire votre appétit…

Une belle écriture, un scénario bien tracé qui pulse dans nos veines, des personnages auxquels on s’identifie : aucun doute, Patrick Bauwen a encore frappé un grand coup avec ce roman ! Déjà hâte de savoir enfin la vérité absolue dans son ultime bouquin !