Trahison, L. Sigurdardóttir

Trahison, de Lilja Sigurdardóttir (IS), Editions Métailié, 2020

Synopsis :

« Rétrospectivement, c’est la promesse faite par Ursula son premier jour de travail qui l’a menée à sa perte. »
C’est dur de faire de la politique pour une femme même si on est habituée au danger des zones de guerre ou de maladie.
Comment mesurer les limites de la perversité du monde politique quand on est novice ? Comment réagir lorsqu’on devient la cible systématique de violentes attaques sur les réseaux sociaux, que les médias traquent vos paroles et vos attitudes, qu’on est l’objet d’une attention faussement compatissante mais réellement méprisante de la part de ses collègues politiques ? Qu’on doit engager un garde du corps parce qu’on est harcelée ?
On s’entoure de gens dans lesquels on a confiance. Mais la trahison ne vient-elle pas toujours de plus proches ?

Avis : 4.6/5

Personnages : 4/5
Décors : 4/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Premier roman attaqué en 2021 et première tentative avec une autre auteure islandaise en la personne de Lilja Sigurdardóttir. Autant dire que j’ai préféré ne pas prendre de risque en choisissant un polar nordique étant donné que ceux-ci sont très souvent de bonne facture. Trahison n’a pas dérogé à la règle !

A l’instar d’une Mary Higgins Clark, l’écrivaine nous propose un large panel de personnages.
La partie principale est consacré à Úrsúla fraîchement propulsé Ministre de l’Intérieur sans étiquette. Mère de deux enfants, marié à un homme aimant, elle revient de longs périples dans l’humanitaire où elle a croisé Ebola ou des bombardements en Syrie. Malgré son syndrome de stress post-traumatique, cette battante ne compte pas se laisser marcher dessus. A peine en place, elle fait une promesse à une femme, Rósa, dont sa fille, Katrín Eva, a été violée par un policier ; et l’enquête enfouie sous le tapis. Úrsúla s’emploie à cette mission parmi tant d’autres avant que ne surviennent des harcèlements de plus en plus violents. Son chef de cabinet, Ódinn, l’encadre rapidement grâce à son expérience en politique qui lui permet de naviguer dans des eaux troubles et infectes par instant. 
Gunnar, chauffeur, garde du corps et homme de main, rejoint rapidement l’équipe. Montagne de muscles, dévoué à celle qui l’emploie et gentleman, c’est un personnage dont l’importance ne cessera de grimper. 
Et puis il y a la jeune Stella, femme de ménage au Ministère, qui vivote de job en job, de fête en fête. Dans le besoin, esseulée et naïve, elle va déclencher de grands séismes. A commencer par Gréta, une journaliste éprise d’elle, dont elle souhaite se débarrasser en la casant avec une autre femme. 
Un gros pan de l’histoire nous plonge dans les pensées aléatoires d’un vagabond, Pétur. Peu doué en communication, sans doute un peu fou, il reconnaît Úrsúla en couverture d’un journal et se met en quête de l’avertir d’un danger : le Diable serait à ses côtés ! Et en se rappelant d’elle petite fille, il se lance dans cette mission.
Et enfin nous suivons Marita, mère de famille, épouse modèle défendant bec et ongles son mari Jónatan, accusé de viol sur mineur plusieurs années auparavant.

Tout le roman se passe à Reykjavík mais on ne sent pas cette ambiance spéciale décrite, par exemple, par Yrsa Sigurardóttir ou Ragnar Jónasson. Ce n’est pas dommageable dans Trahison, mais je comptais voyager vers l’Islande en ce mois de janvier. Hormis les descriptions géographiques ou météorologiques, les autres cadres et aspect demeurent bien définis et plaisant à découvrir.
Reykjavik

La problématique de ce bouquin ne révolutionne pas le genre mais c’est sa structure qu’il faut retenir. Il n’y a pas d’énorme surprise, pas le temps pour cela. Les chapitres impriment un tempo effréné grâce à leur petit nombre de pages ; entre 2 et 5. On saute rapidement d’un personnage à l’autre, on change de situation, les problèmes diffèrent. Avec la diversification de ses protagonistes, Lilja Sigurdardóttir a su créer un page-turner comme on les aime. En dépeignant les faits au jour le jour, en mettant les pierres à l’édifice petit à petit, elle a engendré une volonté de suivi en continu. 
Avec de tels ingrédients, il n’est ainsi pas nécessaire de décrocher une histoire venant de nulle part ou battant un record de morts ou de sang coulé. Plus simple, l’auteure nous invite à conjuguer un seul mot sous tous ses aspects possibles : la trahison. 

L’intensité appelle l’impatience, les nombreuses intrigues font tourner nos méninges, certains personnages nous attristent, nous attirent, nous irritent ou nous peinent. Le lecteur ne sera jamais en reste d’émotions devant ces blessures, ces menaces incessantes, intimidantes, cette provocation et cette mesquinerie. Nul ne sera de marbre également devant la rancune, la jalousie, le mépris de l’autre, surtout s’il s’agit d’une femme. 

Un nom à retenir : Lilja SigurdardóttirTrahison est véritablement un excellent polar que je ne saurais que vous conseiller de découvrir.