Isola, A. Avdic

Isola, de Asa Avdic (SW), Actes Sud, 2020

Synopsis :

Protectorat de Suède, 2037. Sur l’île d’Isola, dans l’archipel de Stockholm, sept candidats, sélectionnés par le gouvernement dans le cadre d’un recrutement à une haute fonction classée secret-défense, vont devoir rivaliser d’ingéniosité. Le processus doit durer quarante-huit heures. rune des participantes n’est autre qu’Anna Francis, un bourreau de travail au CV et au parcours médiatisé hors normes.
Elle a une fille de neuf ans, qu’elle connaît à peine, et un lourd passé qui la hante. Sa mission sur Isola ? Feindre sa propre mort et observer les réactions des autres candidats depuis les couloirs secrets spécialement conçus entre les murs de l’étrange et unique maison de l’île. Mais dés l’instant où Anna pose le pied sur Isola, elle prend conscience que quelque chose cloche. Le vent se lève et une tempête se forme.
Le jeu peut alors commencer… Qui prendra le contrôle de la situation ? Qui craquera sous la pression et l’autarcie ?

Dans la veine du célèbre chef-d’œuvre, nouvellement rebaptisé, d’Agatha Christie, Ils étaient dix, et au cœur d’un huis clos glaçant et extrêmement efficace. Asa Avdic joue avec les nerfs du lecteur, en mélangeant subtilement dystopie, thriller et roman noir dans une Suède orwellienne.

Avis : 4.2/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 3/5
Emotion : 4/5
Globale : 4/5

Avec Actes Sud, nul nécessité d’hésiter trop longtemps avant de découvrir une nouvelle auteure. Asa Avdic secoue le cocotier dès son 4ème de couverture et annonce la couleur. Que vaut donc ce roman étrange, Isola ?

Le personnage central est une héroïne nationale, Anna Francis, ayant réalisé des prouesses pour le parti dans la région de Kyzul Kym. Néanmoins, elle a bien des zones d’ombre qu’on a su gommer pour elle. Cette mission lui a d’ailleurs coûter très cher au niveau de sa santé. Elle a une fille, Siri, qu’elle ne voit pas trop. Lorsqu’on lui assigne sa nouvelle mission sur l’île d’Isola, elle se doit d’accepter, du moins pour sa famille. Courageuse, avec des failles critiques, de bons sentiments et pas tout à fait dévouée au parti, Anna va mourir pour mieux espionner ses congénères et rédiger des rapports sur chacun de ces candidats à un poste privilégié.
Parmi eux, Henry Fall, un ancien collègue d’Anna dont elle a eu le béguin autrefois. Katia, l’infirmière qui sera de mèche avec elle. Franziska, une présentatrice vedette de la chaîne publique botoxée à n’en plus finir. Jon, PDG d’une grosse industrie. Per, un Colonel au CV aussi débordant que sa vessie ne l’est de l’alcool. Lotte, une mystérieuse jeune femme dont on sent le vice.
Le fameux président d’on ne sait quoi ainsi que son secrétaire Nordquist manipulent avec aisance ces 7 personnages afin d’y déceler la perle rare qu’ils doivent engager.
Deux autres figures demeurent très importantes et apparaissent entre quelques chapitres avant de devenir permanents vers la fin du roman. Il s’agit de l’interrogateur et de l’interrogatrice, des agents biberonnés à la rhétorique, surentraînés à faire cracher à quiconque la vérité. Deux mois après les incident survenus à Isola, ils mènent l’enquête et franchement, ils sont aussi doués que dangereux, attachants, irritants et diablement intelligents.

Les décors demeurent peu nombreux. On commence à Stockholm, puis sur Isola et enfin dans une salle d’interrogatoire lugubre. Asa Avdic ne s’est attardée que sur l’île ainsi que la demeure nécessaire au test, créant ainsi un huis clos étouffant. Riches en détails, on s’immerge bien sur l’île et surtout dans la maison aux pièces nombreuses et aux secrets laissés pour l’espionnage. Si le roman ne compte que 280 pages, c’est aussi parce que l’auteure a préféré ne pas perdre trop de temps en décrivant plus qu’il n’en était nécessaire. De toute manière, on s’imagine mal davantage de fioritures au sein du Protectorat de Suède qui n’affiche que l’utile et le nécessaire au parti.

La trame est clairement exposée dans le synopsis. Pourtant, tout ne se déroule pas si simplement. Des individus haut placés au sein du parti usent et abusent de leur autorité, ils avancent à grand coup de manipulations et c’est facilement qu’on se doute qu’il y a parfois anguille sous roche. Certains faits demeurent questionnables, sinon illogiques. L’auteure fait régulièrement des liens entre ce qui se déroule à Isola et la famille d’Anna alors que ce n’est pas nécessaire. Par contre, le rapport entre Isola et Kyzul Kym tombe au fur et à mesure et c’est bien là-dessus qu’il fallait appuyer. La fin du roman sème le trouble avec les interrogatoires croisés mais les ultimes pages m’ont déçu par leur simplicité. Je m’attendais à davantage d’élaboration avec de tels enjeux et un contexte propice aux retournements.
L’écriture est fluide, très belle et agréable à décortiquer à travers de courts chapitres. 

L’évaluation des candidats se déroulent dans une situation de crise où l’on doit évaluer leur capacité à gérer leurs émotions et surtout le stress. On passe rapidement de l’optimisme pour Anna à l’inquiétude à son arrivée sur Isola. Surtout que son passé avec les événements à Kyzul Kym la rend fébrile. Sur l’île, on se sent oppressé, épié, menacé, l’ambiance est tendue et agitée. 
Lors des interrogatoires, l’énervement prend de l’ampleur face aux provocations méprisantes des enquêteurs. 
Isola est un bon milk-shake d’émotions comme on les aime.

Finalement, Asa Avdic a brillamment mérité des applaudissements pour Isola. Les diverses comparaisons avec des prédécesseurs comme Georges Orwell ou Agatha Christie me paraissaient fort risquées. J’ai davantage reconnu Ils étaient dix qu’une dystopie orwellienne. Vraiment pas déçu de cette chouette découverte.