Des souris et des hommes, J. Steinbeck

Des souris et des hommes, de John Steinbeck (USA), Gallimard, 1937 (1949 pour la traduction)

Synopsis :

En Californie, pendant la Grande Crise, Lennie et George vont de ferme en ferme. Ils louent leurs bras en attendant le jour où ils auront leur ferme à eux, avec un petit bout de luzerne pour élever des lapins. Lennie, malgré sa taille de colosse, n’a pas plus de malice qu’un enfant de six ans ; George veille sur lui, le protège du monde qui n’est pas tendre aux innocents. Le soir, ils se racontent leur rêve, celui de la maison et des lapins. Mais allez savoir pourquoi, les rêves de certains finissent toujours en cauchemars.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Un bon vieux classique, de temps à autre, ça vous pousse à réapprendre à aimer les choses simples. Exemple type avec Des souris et des hommes de John Steinbeck, un roman noir de plus de 80 ans qui a bien vieilli, sans perdre de sa superbe.

Le livre étant court, je ne compte parler que deux personnages : George et Lennie. Dans cet étrange tandem, George fait figure de leader. Il est débrouillard, a le bagout, possède un physique quelconque et veille aussi bien que se peut sur Lennie. Ce dernier ressemble à un colosse, a une force inouïe, transpire d’innocence, est timoré et aime caresser les choses douces. Son problème : il a le QI d’un enfant en bas âge. Lennie se répète souvent, perd le fil des discussions et fait preuve d’une grande maladresse de par son incapacité à gérer ses émotions. George lui ordonne souvent de se taire pour ne pas leur attirer d’ennuis comme par le passé. 
Ces inséparables voyagent ensemble de ranch en ranch pour se faire de l’argent, avec un rêve commun en point de mire que George aime narrer à son ami encore et encore.

Tout le roman se passe dans les années 30m durant la Grande Dépression dans le paysage californien. Les descriptions sont brutes, ne laissent aucune place à l’imagination et on se demande si Steinbeck a inventé les lieux ou s’il les a traversés en personne. 

Le fil d’Ariane tient dans le synopsis. On va du point A au point B sans chichis. L’histoire est parfois drôle, un peu brutale mais surtout d’une simplicité exemplaire. En dire trop pourrait gâcher tout plaisir à un futur lecteur. L’ambiance est glauque, violente, les dialogues sont, pour l’époque, parfois grossiers. A noter également que Steinbeck a écrit les paroles telles qu’elles sont prononcées, alors inutile d’aller réviser sa grammaire car les capacités cérébrales des acteurs demeurent faibles. On peut noter bien des redondances, certes. Toutefois, ces multiples répétitions servent idéalement la lourdeur de l’instant, l’âpre vie qui s’égraine au compte-gouttes pendant cette crise qui a dû marquer toute cette génération de l’entre-deux guerres.

Des souris et des hommes, c’est des moments de rire, de pitié, de rage et de tristesses. C’est un wagon d’émotions sans pilote qui dévale une pente sans fin, sans but, sans rail. Nous avons ici une oeuvre magistrale qui, après l’avoir reposée, justifie le fait qu’elle soit encore qualifiée de majeure après toutes ces années. 

De temps en temps, vous croisez un ovni littéraire et vous vous demandez comment l’écrivain est parvenu à mettre autant de coeur dans si peu de pages. Il n’en fallait pas plus, ni moins ; le dosage relève de l’alchimie. Pour celle et ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de plonger dans cette aventure, n’attendez plus et la magie de Steinbeck opérer !