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Les enfants de la liberté, M. Levy

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Les enfants de la liberté, de Marc Levy (FR), Editions Pocket, 2018

Synopsis :

“Dis-leur Jeannot, dis-leur de raconter tout cela de ma part, avec leurs mots à eux, ceux de leur époque. Les miens ne sont faits que des accents de mon pays, du sang que j’ai dans la bouche et sur les mains.”

Mars 1943. A Toulouse, Raymond, 20 ans, et son frère Claude, 17 ans, rejoignent la Résistance ; ils y rencontrent des garçons et des filles de leur âge. Planques, traques, combats, arrestations au petit matin, leur périple les conduira jusqu’au train fantôme. Quand l’un d’entre eux tombe, un autre sort de l’ombre…

Raymond Levy a pris un jour le chemin de la Résistance sous le nom de Jeannot. Son fils Marc raconte son parcours et celui de ses camarades, pour tenir une promesse et pour tout raconter de ces heures noires où des adolescents, au péril de leur vie, ont défendu la liberté.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

C’est dans un cadre très spécifique que j’ai eu l’occasion et l’immense honneur de découvrir ce livre. Ayant le choix entre quatre œuvres de Marc Levy, autant dire qu’une attirance personnelle pour Les enfants de la liberté tombait sous le sens. Sans le savoir, je tenais dans mes mains près de 400 pages merveilleuses.  

Il m’a rarement été donné de voir autant de personnages. En toute logique, les visages défilent, les noms pleuvent, mais surtout des hommes, des femmes et des enfants tombent. 
J’aurais aimé vous parler de tant de ces gens… Mais il a fallu faire un tri.
Le rôle principal est tenu par le narrateur, Raymond de son prénom, alias Jeannot au sein de la Résistance et de sa 35e Brigade. Comme les autres, il s’agit d’une vraie personne. Pour la petite histoire – on y reviendra -, Raymond n’est autre que le père de Marc Levy. Myope comme une taupe, rouquin et peu athlétique, il n’en reste pas moins un héros même s’il ne cesse de mettre en avant ses camarades. Avec courage et ténacité, il ne va jamais rien abandonner et tenir ses promesses. Son humilité, son honneur et sa bravoure forcent le respect.
Souvent à ses côtés se trouve son petit frère Claude. Leur complémentarité a fait leur force et sans l’un, l’autre n’aurait sans doute pas survécu. L’amour et le devoir qui les lient offrent un exemple frappant d’une fratrie qui se serre les coudes, s’offre un soutien sans limite et peut parvenir à renverser des montagnes. Leur complicité revêt une valeur qu’aucune guerre ne pourrait troubler.
Cette histoire aurait pu être tout autre si Marcel Langer n’avait pas existé. Ce n’est pas par hasard que la 35e Brigade sera renommé “Brigade Marcel Langer”. Pionnier de la Résistance toulousaine, tout part de lui, de sa bravoure et de son sens du devoir. La tragédie de sa vie restera à jamais.
Un dernier Résistant dont j’aimerais parler, c’est Charles. L’artificier du groupe, édenté de la guerre d’Espagne, s’exprime à sa manière : un peu de polonais, de yiddish, d’espagnole et de français. Au guidon d’une ridicule bicyclette, il va et vient de chez lui, une gare désaffectée, où il exerce sa couverture de jardinier. Sa grande décontraction et son humour mettent de la couleur dans ce monde infâme. 
Voilà quelques figures de cette Brigade – où se côtoyaient bien des nationalités sans le moindre souci – qui s’est évertuée à n’éliminer que des officiers nazis, des miliciens de haut rang ou des collabos d’importance supérieure ; pas de civiles, pas même un imbécile. 
Ces enfants de la liberté se trouvent face à d’infâmes criminels : le Lieutenant Schuster, le substitut du procureur Lespinasse, des nazis et surtout, les pires de tous, les miliciens. Ces derniers sont français et obéissent aux directives d’un tristement célèbre Pétain…

Les enfants de la liberté traverse la Seconde Guerre Mondiale, plus particulièrement entre 1943 et 1945. Le début du roman se déroule à Toulouse située alors en France libre, du moins en apparences. On suit ces gavroches sur leur bicyclette, arpentant les rues de la ville rose. 
Marc Levy nous dépeint également la prison Saint-Michel avec son lot d’atrocités avant de nous plonger dans l’horreur du “train fantôme”, avec ses wagons à bestiaux remplis de déportés.
J’ai apprécié les décors et la manière naturelle utilisée par l’auteur pour nous y plonger. En utilisant nos cinq sens, il parvient à nous faire plonger entre les lignes et ressentir ses écrits.

Le roman se découpe en trois parties, mais en dire davantage mènerait à spoiler, quand bien même le synopsis dévoile des pistes.
Ce que Marc Levy précise immédiatement avec son narrateur, c’est que “c’est leur [la 35e Brigade] histoire qui compte, pas la mienne [celle de Jeannot]”. Tous ces enfants, ados ou à peine majeur, ces gamins peu éduqués scolairement, ces âmes éprises de liberté qui ne demandent qu’à vivre, ne forment qu’une entité. Toucher à l’un d’eux revient à tous les salir et la vengeance est immédiate. Plus que de simples camarades, ce sont des frères d’armes, des Résistants au courage indescriptible. Avec peu d’aide, ils vont faire sauter des ponts, chuter des grues, dérailler des trains, saboter des moteurs et des ailes d’avions, éliminer des cibles avec culot. Et pourtant, ils ne paient pas de mine, croulent sous la fatigue et restent avec des estomacs bien creux. Malgré tout, ils vont mener la vie dure à leurs adversaires en tout genre. Même dans les pires situations, ils mettent un petit caillou dans la botte de l’ennemi. Se battre, toujours, le plus fort possible et le revendiquer.
Ce qu’ils ont en point de mire revêt une importance capitale dans leurs différentes quêtes et jamais, jamais ils ne baissent les bras. Vous pouvez en tuer, en emprisonner ou en torturer, leurs idées resteront totalement intactes voire exacerbées. Leur union ne vise que la liberté, celle de vivre, de grandir, d’aimer et d’atteindre leurs rêves.
Ceci n’est qu’une infime partie de ce bouquin, car il y aura également de gros coups durs. La seconde partie est atroce, la troisième, inhumaine.
J’ai eu la méga mauvaise idée de stabilobosser chaque acte de bravoure ainsi que chaque moment poétique. Inutile de préciser que l’encre a coulé et que feuilleter ma version de ce livre revient à libérer un arc-en-ciel. Sortir de ce délice de texte une citation qui domine les autres demeure mission impossible.

Les enfants de la liberté déborde d’émotions et de sentiments. Il n’a fallu à mes yeux que quelques pages à Marc Levy pour m’impacter. Puis, il faut se laisser porter par les mots, les actions et s’y plonger au maximum. Voici plusieurs mots-clés du menu : soulagement, excitation, amusement, amour, fierté, liberté, chagrin, peine, crainte, nervosité, doute, tension. Tout ceci touche essentiellement nos Résistants et leurs proches, car pour ceux qui leur font face, on ne peut ressentir que de la colère et toutes ses sous-branches : vengeance, provocation, rancune, énervement, indignation, révolte, fureur, haine, rage, honte, mépris et dégoût. J’ai lu bien des œuvres qui touchent à la Seconde Guerre, mais celui-ci est le tout premier dans lequel les plus sadiques sont des Français.
Certains dialogues vous prennent aux tripes, surtout si vous vous mettez en tête l’âge des protagonistes. 

Attention, roman coup de cœur ! Ce récit biographique est une pépite dans le fond comme dans la forme. Raymond, enfin, notre Jeannot, a bien tenu sa promesse à son camarade mourant Samuel : faire écrire leur histoire par un de ses futurs enfants. Marc Levy a bien su respecter ses paroles, et avec la manière. L’honneur est rendu à ces enfants de la liberté ! Un immense merci à l’auteur de l’avoir partagé.