La dernière tempête, R. Jónasson

La dernière tempête, de Ragnar Jónasson (IS), Editions de la Martinière, 2021

Synopsis :

A Reykjavík, l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir, la quarantaine, fuit sa famille dysfonctionnelle en se jetant à corps perdu dans le travail. Sa fille Dimma est en perpétuelle crise, et les relations avec son mari, Jón, se sont terriblement dégradées.

A l’autre bout du pays, dans une ferme d’une vallée reculée de l’est de l’Islande, un couple est l’otage d’une terrible tempête de neige quand un homme vient frapper à leur porte et réclame l’asile pour la nuit. Son discours est décousu, son regard, indéchiffrable. Les rafales reprennent de plus belle, l’électricité est soudain coupée : le couple se retrouve coincé avec l’inconnu. Pour tous, à Reykjavík ou dans la vallée perdue, ces quelques jours avant Noël vont tout faire basculer.

La famille de Hulda explose. Et dans la petite ferme, deux mois après les faits, on a retrouvé deux cadavres. Un double meurtre sur lequel Hulda va se jeter pour tenter d’oublier son chagrin et sa colère.

Avis : 5/5

Personnages : /5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Enfin, notre ami Ragnar Jónasson termine sa trilogie avec Hulda Hermannsdóttir : La dame de Reykjavík, L’Île au secret et donc La dernière tempête. Trépignant d’impatience, j’ai validé avec ce dernier volet que nous avons là un auteur merveilleux, jeune et promis avec un grand avenir littéraire.

Notre héroïne est donc de retour avec un nouveau saut dans le passé. Hulda est encore mariée à Jón et leur fille Dimma fait acte de présence. Pour Hulda, cette période est complexe à plus d’un titre et, afin d’éviter de tout dévoiler, je devrai taire bien des choses. Au début, elle jongle avec deux problèmes : son rôle d’enquêtrice peu reconnue et celui de mère de famille en souffrance. On avait déjà pu discerner en elle une femme forte, réfléchie, intelligente et parfois incisive. Pourtant, cette fois-ci, elle va souffrir comme jamais.
De l’autre côté du pays, on suit le couple d’Einar et Erla. Ils habitent au milieu de nulle part dans une ferme isolée. Leur quiétude vient se troubler lorsqu’un inconnu, Leó, frappe à leur porte. Entre Erla et ce dernier se dresse immédiatement un mur de méfiance tandis qu’Einar se montre accueillant et généreux.
Ragnar Jónasson parvient encore à façonner de mystérieux personnages fort complexes. Leur petit nombre permet au lecteur de s’en faire une bonne image.

Les décors demeurent à nouveau fantastiques et affreux à la fois. Hormis la partie qui se déroule chez Hulda au sud-ouest, on passe l’essentiel des pages à l’opposé chez Erla et Einar. Le roman s’écoule de deux mois en deux mois. Octobre 1987 (très court), Noël 1987 (plus long) et février 1988 (à peu près de même). Autant dire que le soleil ne brille donc pas de mille feux, en témoigne le titre. Le mot “tempête” ne résonne pas pareillement pour tout le monde. Dans la lointaine contrée d’Erla et Einar, cela signifie un confinement de plusieurs semaines, des routes absolument impraticables, pas de télévision, une radio grésillante et l’électricité à temps partiel. L’ingrédient omniprésent : la neige. La neige, encore et encore. Et cette obscurité totale ou presque à cause de la latitude. Un froid mordant, assassin, se greffe à cette météo hostile.
Les descriptions enchantent le lecteur et contribuent à cette ambiance pesante durant ces 300 pages. Encore un point fort pour l’auteur !

La dernière tempête est découpée en deux parties, même si je n’en ai pas compris l’utilité. 
On commence avec Hulda qui peine dans ses enquêtes, sur celle concernant une jeune fille disparue. A la maison, toute communication avec sa fille Dimma est rompue. Et puis, on fait appel à elle pour enquêter sur un drame survenu des semaines auparavant. Ceci nous entraîne dans la seconde partie.
Avant cela, l’histoire principale déroule petit à petit. Nous nous trouvons chez Erla et Einar, à Noël, recevant ce mystérieux chasseur égaré. La lente évolution intrigue, les indices sont rares et camouflés. Que vient-il faire ici ? Raconte-t-il la vérité ? Pourquoi Einar est-il si crédule ? Erla devient-elle paranoïaque ? Les interrogations ne manquent pas et Ragnar Jónasson arrive à nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. 
Les histoires, bien que paraissant simples, sont amenées d’une certaine manière nous forçant à nous tenir sur nos gardes. Les coups peuvent pleuvoir de partout, on se méfie du moindre détail. Et au final, on a qu’une envie : applaudir l’auteur pour son efficacité redoutable.

L’émotion qui m’est le plus revenue durant cette lecture : l’oppression ! Oubliez toutes notions de joie, et acceptez les autres de vous assaillir. Mélancolie, chagrin, solitude, peine, tension, terreur, menace, frayeur, nervosité, inquiétude, anxiété. Oh oui ! Ce roman reste le plus anxiogène de l’auteur ! Pour avoir lu tous ses précédents romans, je dirais que celui-ci m’a procuré le plus d’impatience d’en voir le fin mot. 

A mes yeux, La dernière tempête marque un tournant dans les écrits de Ragnar Jónasson. Pour faire simple, c’est son meilleur roman, le plus abouti, celui auquel il ne manque aucun ingrédient. Un pur régal menant obligatoirement à un coup de coeur !