Fahrenheit 451, R. Bradbury

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury (USA), Editions Denoël, 1955

Synopsis :

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Avis : 4.8/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Sans jouer sur les mots, cela faisait bien longtemps qu’il me brûlait de lire ce roman. Etant un Orwellien de la première heure, le style ne pouvait que me plaire. Et à raison !

Notre héros s’appelle Guy Montag, un simple pompier. A ce détail près qu’il n’éteint pas les feux, ne sauve pas de gens. Son métier consiste à réaliser des autodafés de bouquins, brûler les lieux où ils se trouvent, voire même leur détenteur. Il aime son job, ne remet rien en question car il en a toujours été ainsi, du moins de mémoire. 
Deux événements viennent alors perturber sa conscience : l’état de santé de sa femme et la rencontre avec leur voisine.
Mildred Montag est totalement absorbé par la société et sa doctrine. A coup de cachets, elle s’endort à l’aide de sorte d’écouteurs d’où s’écoulent des sons en continu. Elle passe sa journée à regarder les murs de son salon, ceux-ci faisant office de télévision. Les programmes, noyés de publicités, reflètent la pauvreté intellectuelle de la population et cela lui convient parfaitement.
Une jeune fille va intriguer Montag : Clarisse. L’adolescente évolue dans l’univers que nous connaissons, elle ne s’abreuve pas de ce que lui propose les médias. Elle admire la nature, sa simplicité, aime réfléchir, parler de tout et de rien. Pétillante, Clarisse réussit le miracle de faire renaître le pompier.
Le supérieur de Montag, le Capitaine Beatty, apparaît peu. Ceci dit, la clé de l’énigme viendra de lui et de son expérience. Moralisateur, le chef reste avant tout le leader de sa troupe que nul n’ose remettre en question.
Le dernier personnage est Fader, un vieux professeur mis en marge de la société. Ses dires et faits et gestes trouveront écho en Montag. 

Pour un roman si ancien, j’ai trouvé les décors bien travaillés et très à propos. Etant donné qu’il s’agit ici d’un livre de science-fiction, l’auteur se devait de nous immerger dans son univers. La maison de Montag, la caserne ainsi que les autres lieux visités paraissent sombres, décrit d’une manière anxiogène.
Fahrenheit 451 se déroule aux USA, en temps de guerre.

Il n’y a finalement que la trame qui m’a partiellement déçu. Peut-être parce que le roman était trop court… ou alors j’ai trouvé la fin bâclée… Je n’arrive pas précisément à mettre un mot sur ce qui m’a dérangé. Le style – une dystopie – collait parfaitement à mes attentes. La morale aussi. Le mystère quand au pourquoi de mon désappointement demeurera.
Fahrenheit 451 démarre fort et ne laisse pas de place aux doute. Que brûlent ces fichus livres ! La cause de cet autodafé est clairement justifiée par Bradbury qui voyait sans doute une probabilité que la société dérive dans cette direction à l’époque où il a écrit ce roman – dans les années 1950. La dictature en place joue son rôle, la crainte de la guerre est omniprésente et le lavage de cerveaux poussé à son paroxysme. Ce dernier point, ceci dit, laisse songeur sur les modèles que nous connaissons de nos jours…
On sent le pompier Montag hésiter, tâter le terrain, on sait ce qui le démange et, pour être honnête, on le soutient dans sa quête. Lorsque la majorité est totale, il convient de s’arrêter pour réfléchir sur la situation. On préfère donc largement notre pyromane à sa femme Mildred, absorbée perpétuellement par les subterfuges mis en place par la culture – ou l’inculture – du moment. La fameuse intervention de Beatty, le Capitaine, a rabattu les cartes. Cette mise au point imprime le tournant de ce livre. 
On pourrait parler des jours de cette dystopie, des pensées qu’elle pourrait engendrer, de cette vision négative du future résonnant telle une funeste prémonition. 

Comme prévu, Ray Bradbury ne peut laisser personne indifférent dans cet ouvrage. Mélancolie, désespoir, solitude, mépris, dégoût et consternation. Doute, terreur, méfiance, rage, révolte et irritation. Voilà un avant-goût de ce qui vous traverse avec Fahrenheit 451. A relever également que parfois, certaines pages avaient un parfum de poésie, du lyrique au pays de la noirceur.

Ray Bradbury. George Orwell. Trop souvent, on place ces auteurs côte à côte et on les compare avec leur œuvre majeure. Pourtant, il serait plus adapté de les mettre en parallèle tant ils sont plutôt complémentaires. Fahrenheit 451 demeure un de ces livres qui doit être lu, essentiellement pour prendre conscience des dangers qui pourrait venir et également apprécier la liberté que nous avons de nous cultiver avec toute forme de littérature.