L’épidémie, A. Ericsdotter

L’épidémie, de Asa Ericsdotter (SW), Actes Sud, 2020

Synopsis :

Le politicien Johan Svärd a pris le pouvoir grâce à une victoire électorale historique. Sa promesse de campagne : éradiquer l’obésité. Le jeune chercheur Landon Thomson-Jaeger voit alors sa copine tomber petit à petit dans l’anorexie, et les églises se transformer une à une en centres de santé. C’est en essayant d’échapper à la propagande qu’il rencontre Helena, qui vient de perdre son emploi car les infirmières ayant de l’embonpoint ont, selon le Parti, une influence néfaste sur les patients.

Le Parti de la Santé est prêt à tout pour faire disparaître l’obésité. D’ailleurs, où sont passés les obèses ? Quand Helena disparaît à son tour, Landon part à sa recherche et fait sur son chemin des découvertes qui font froid dans le dos… que se passe-t-il dans les “camps pour obèses” du Parti, et jusqu’où iront les contrôles ? Le climat social est rude et la menace pèse…

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Bien installé dans ma PAL, ce polar scandinave me défiait du regard depuis un moment. Les critiques élogieuses ne faisaient qu’attiser ma curiosité ! Et la découverte avec Asa Ericsdotter fut fructueuse.

On trouve différents protagonistes de chapitre en chapitre et suivant la partie du roman.
Le personnage que l’on retrouve du début à la fin est un simple professeur et chercheur postdoctoral dans le département d’études nord-américaines à l’université d’Uppsala. Rien que ça ! Landon est un type aimable, poli, cultivé, en léger surpoids et audacieux. Sa relation avec Rita ne fonctionne plus, car cette dernière est tombée sous le charme du Premier Ministre et sa politique de chasseur d’obèses. 
C’est en fuyant l’air politiquement oppressant de la ville qu’il rencontre Molly, une petite fille de 8 ans, une boule d’énergie et de bonne humeur. Rapidement, elle l’attire vers Helena, sa maman. Entre elle et Landon, une certaine attirance s’installe…
En parallèle, on suit les mésaventures de Gloria, une obèse qui disparaît soudainement et que seul sa chère voisine Bibi désire retrouver.
De nombreux passages sont consacrée au Premier Ministre Johan Svärd, leader du Parti de la Santé qui abhorre tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’obésité, au gras, au sucre et toute malbouffe. Le quarantenaire est épaulé par Rossi, un type totalement fou et exécutant du Parti. Le dernier personnage principal à relever est Hans Christian, pigiste et ami d’enfance de Svärd qui ne mâche pas ses mots, critique ouvertement la politique en Suède et possède une bedaine non désirable. 
Il y a encore davantage de personnages, un peu pour tous les goûts et on apprécie leur description dosé à merveille par l’auteure.

Ce polar glauque se déroule au début des années 2000 dans plusieurs lieux en Suède. Comme L’épidémie s’étend sur plusieurs mois, on a droit à un petit échantillon de la nature, de la météo et surtout des différents endroits où se passent les actions. Aucun détail superflu ne vient ternir le paysage, c’est sobre et efficace.

Ce roman est découpé en quatre parties qui demeurent peu évidentes à justifier. Sinon, les chapitres sont courts ou moyennement longs, et l’écriture limpide ne laisse pas de place au subjectif. 
Le joli fil d’Ariane tendu par Asa Ericsdotter ? L’épidémie. Epidémie de quoi ? De gros. Le Parti de la Santé en a fait son slogan : Zéro pour cent de matière grasse ! Voilà ce qui est visé. Ainsi s’ouvre cette dystopie. A coup de publicités vicieuses, d’offres de chirurgie bariatrique à tout âge, de stigmatisation des personnes en surpoids, de manipulations des masses, de lobotomie en profondeur, de taxes sur les produits grossissants, le Parti étend sa toile jusqu’à créer des Fat Camps. Et la population en redemande, adhère à cette politique de mise à l’écart de la société de toutes personne ayant un IMGM (Indice de Masse Grasse et Musculaire) trop haut. Exit l’IMC que nous connaissance, celui-ci étant trop généreux… Votre vie dépend donc de votre IMGM ! Vous pouvez perdre votre emploi, être exclu de chez vous à cause des habitations à IMGM modéré, être déporté, ou tué. Tout ce qui fait maigrir, même à l’extrême, est généreusement offert par la Nation. Plutôt aimable, non ?
Cette Suède-la, nul n’en voudrait, et pourtant ! 
Ainsi, lorsque Helena et son grand IMGM disparaît, Landon se doit de la retrouver autant pour la petite et chaleureuse Molly que pour lui-même. Au fil des pages, il découvrira l’horreur ascendant dictée par Svärd, allant de mal en pis, jusqu’à l’inimaginable.

Une dystopie, si tordue soit-elle, ne laisse personne indifférent. Celle-ci ne déroge pas à la règle ! Le peu d’amour est rapidement terni par les évènements, faisant place à la mélancolie, la solitude, la lassitude. L’humiliation et le rejet de toute personne en surpoids blesse le lecteur par son inhumanité. C’est révoltant, irritant et la tension crescendo mène à la fureur. Tout ce mépris et ce dégoût de l’autre vont en choquer plus d’un ! Et bien sûr, ouvrir la critique sur une éventuelle probabilité que tout cela se produise…

Le premier roman de Asa Ericsdotter, même si le style n’est pas révolutionnaire, est un coup de coeur. Une structure solide, des personnages attachants et une trame puissante devraient aisément plaire à un grand nombre d’amateurs du genre.