Moins 18°, S. Ahnhem

Moins 18°, de Stefan Ahnhem (SW), Allbin Michel, 2020

Synopsis :

Après une course folle, une BMW plonge dans les eaux de la gare maritime  d’Helsingborg. Quelques heures plus tard l’identité du passager défraie la chronique : Peter Brise, star nationale des technologies de l’information, était promis à un avenir florissant.
Que s’est-il passé ?

Et pourquoi, comme l’autopsie va le révéler, la victime était-elle déjà morte lors de l’accident, son corps congelé depuis deux mois à – 18° ?

Après le succès international de Hors Cadre (prix Crimetime Specsavers en Suède), et de La neuvième tombe, Stefan Anhem, star du thriller suédois, fait monter d’un cran la pression au fil d’une enquête dopée à l’adrénaline, reflet d’un paysage nordique aussi sombre qu’inédit.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Ce n’est qu’une fois dans ma PAL que j’ai remarqué que Moins 18° n’était pas le second livre de Stefan Ahnhem mais bien le troisième. Damned ! Vite, une fois La neuvième tombe avalé, j’ai enfin pu m’attaquer à ce polar à température négative. Le faire ainsi mariné ne l’a rendu que plus délicieux.

L’enquête est dirigée en Suède par Tuvesson, fraîchement divorcée et aussi imparfaite qu’efficace. Elle ressemble assez à Risk, le personnage principal qui n’a pas la science infuse, qui se trompe, se démène, parvient à faire progresser l’enquête. Ils sont aidés par Klippan et Lilja essentiellement, avec un Mollander jamais loin pour inspecter le moindre recoin d’une scène. Dans la famille Risk, on suit la mère de famille, Sonja, qui traîne son spleen avec son art. Leurs enfants vont également avoir de bons rôles. Dans la moindre mesure avec Matilda et une planche de ouija, mais surtout avec Theodor, en pleine rébellion et tout amoureux d’Alexandra, une fille de son école qui a de drôles de goût.
De l’autre côté de la frontière, Dunja est passée simple gardienne de la paix suite aux événements de Hors cadre. On la retrouve tout de même telle qu’on la connaît : incisive, souvent juste, caractérielle, volontaire, intuitive et intelligente. Elle fait équipe avec Magnus, un flic désirant plutôt faire profil bas, passé sous les radars en tentant de séduire sa partenaire. Le supérieur de Dunja n’est plus Sleizner même s’il sera présent pour semer la zizanie et tirer la couverture à lui. Deux autres personnages auront un grand rôle, à commencer par Fareed qui revient avec tout son talent pour les nouvelles technologies. Il reste une SDF au centre de l’enquête sur une mort atroce et abjecte nous rappelant tristement Orange mécanique.
L’auteur a réalisé ses portraits avec brio et c’est un crève-coeur de les abandonner. Enfin, presque tous…

Les enquêtes prennent lieu à Helsingborg en Suède et à Helsingor au Danemark. Tout le roman se situe au printemps vers le détroit d’Oresund. Le climat ne pèse pas trop sur le récit à cette période et cela permet surtout aux divers crimes d’être possibles. Tous les lieux paraissent fidèles à la réalité, les détails vont jusqu’aux noms des rues. L’oeil aiguisé des policiers permet une cartographie précise des scènes, très plaisant.

Au niveau du déroulement des faits, Stefan Ahnhem déroule aisément et on s’aperçoit rapidement que l’auteur est également scénariste. Il y a deux enquêtes bien distinctes, une dans chaque pays. Côtés suédois, pour aller de A à Z, il faut s’accrocher et se laisser transporter. Tenter de deviner ce que comportera le chapitre suivant revient à démêler une pelote de laine dans le dos, les mains attachées. Les crimes sont réalisés à la perfection, mobile qui tient la route, modus operandi également. L’intelligence, le calme et le culot du criminel font perdre leurs moyens à la police. Si au départ le premier corps nous laisse dans l’incrédulité, une bonne moitié du roman ensuite sert à trouver les pièces du puzzle puis à les assembler. Avec bien des retournements de situation, on se dirige vite vers un suspense haletant, une course contre la montre, et contre la mort.
L’enquête de Dunja au Danemark est tout autre. La mise à mort plus perverse, sale, malhabile et peu discrète. On voit rapidement la direction que cela va prendre et la surprise est moindre. 
Les chapitres, assez courts, concernent Risk, puis Tuvesson, Dunja, puis Matilda, Sonja, Sleizner ou Theodor. Ce système brise la patience de quiconque et le lecteur se voit ainsi forcé de tourner les pages, encore et encore. Quant à la fin, elle ouvre la porte à tous les possibles…

Moins 18° joue beaucoup avec nos émotions et Ahnhem semble avoir trouvé ici un cocktail idéal. Excitation, mélancolie, inquiétude, doute, rage, tension, révolte, consternation, et surtout beaucoup d’impatience. L’humanisme des protagonistes joue sur le lecteur, surtout si ce dernier a des tendances empathiques et immersives.  

Une écriture fluide, du suspense, une grande intelligence de modus operandi et des retournements de situation indécelables font de Moins 18° un coup de coeur. Stefan Ahnhem a su gommer les ultimes détails qui me dérangeaient dans ces précédents ouvrages. Un thriller passionnant, haletant et diabolique !