Indésirable, Y. Sigurdardottir

Indésirable, de Yrsa Sigurdardottir (ISL), Editions Actes sud, 2016

Synopsis : 
Employé d’un obscur bureau gouvernemental islandais, Óðinn est chargé d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes dans les années 1970. L’établissement est fermé depuis longtemps, mais des abus mis au jour dans d’autres centres incitent l’État à passer ces foyers au peigne fin pour éviter tout nouveau scandale. Une chape de silence semble peser sur Krókur, mais peu à peu Óðinn découvre que de sombres secrets entourent les anciens pensionnaires. À l’époque, deux jeunes garçons y avaient mystérieusement trouvé la mort, asphyxiés dans une voiture. Et personne ne sait vraiment ce qui est arrivé au bébé du couple qui gérait le foyer, disparu le jour de sa naissance, et dont le destin macabre semble encore hanter les lieux. À mesure qu’il creuse l’affaire, Óðinn se met à entendre des voix, comme si les fantômes du passé, réveillés contre leur gré, s’insinuaient dans sa propre vie. La bouche d’ombre susurre à son oreille, et lentement tout bascule. Le doute, frère du malaise, rogne peu à peu les fragiles certitudes de son existence : la mort récente de son ex-femme était-elle vraiment un accident ? Et qu’a vraiment vu sa fille de onze ans ce jour-là ?
Jouant habilement des ressorts du surnaturel, Yrsa Sigurðard-ottir, voix singulière de la littérature policière islandaise, signe un thriller spectral et glaçant.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Venant d'Islande, je n'avais lu jusqu'ici qu'Arnaldur Indridason qui m'avait laissé avec un avis mitigé. Cela dit, Actes Sud se trompe rarement sur ses auteurs, donc pourquoi ne pas tenter le coup avec cette dame ?

Très bonne idée ! Retenez bien cette auteure : Yrsa Sigurdardottir !!! Certains critiques, voilà quelques mois, ont déclaré que Viveca Sten était capable de faire de l'ombre à Camilla Läckberg. Si j'avais trouvé cette comparaison plus marketing que rationnelle, les raisons ne tiendraient plus avec le roman Indésirable. D'ailleurs, on retrouve la même structure littéraire chez les deux femmes d'Acte Sud.

Premièrement, une description bien détaillée des paysages spéciaux inhérents à l'Islande. Ni trop, ni pas assez ; la proportion est bien dosée. De même pour les maisons et autres bâtiments.

Les personnages sont très attachants ou repoussants, bien distincts et parfois farouches. Chacun a sa part de mystère, assez pour que l'énigme tienne en haleine jusqu'au bout.

La vraie force de ce thriller est là : le fil rouge est tendu telle une toile d'araignée. Des chassés-croisés entre un passé lugubre et un présent tantôt surnaturel, des liens qui se tissent petit à petit et surtout, des fins de chapitre ponctués en forme de cliffhangers qui font d'Indésirable un page-turner.

Le fait que le roman compte 320 pages donne un rythme assez linéaire, juste assez soutenu. Plus d'une personne le lira d'ailleurs en une seule fois.

Yrsa Sigurdardottir compte un nouveau fan, en tout cas !

Hell.com, P. Senécal

Hell.com, de Patrick Senécal (CAN), Fleuve noir, 2016

Synopsis :
« Monsieur Saul, nous vous souhaitons la bienvenue parmi notre groupe sélect. Sachez que l'enfer est partout et qu'il accueille deux classes de résidents : les démons et les damnés. La grande majorité des humains font partie de la seconde classe ; seuls les privilégiés comme vous appartiennent à la première. Et en enfer, les démons ont tous les droits. »

Depuis qu'il a pris la tête de la société immobilière de son père, Daniel Saul est devenu l'un des hommes d'affaires les plus riches du Québec. Dans la jeune quarantaine, beau, fonceur, intelligent et sans pitié pour la concurrence et les losers, Daniel a tout pour lui et ne se gêne pas pour prendre le reste.

Quand Martin Charron, un financier et ancien confrère de collège, lui propose de devenir membre de Hell.com, un site Internet secret où tout – mais vraiment tout ! – est possible pour ceux qui le fréquentent, Daniel sait qu'il ne pourra refuser de s'inscrire. N'est-il pas un « puissant de ce monde », comme son père l'a été avant lui et comme Simon, son fils adolescent dont il a la garde exclusive, le deviendra à son tour ?

Or, ce que Daniel Saul a oublié, c'est qu'on ne monte jamais aux enfers, on y descend ! Et leur profondeur, qui est abyssale, n'aura bientôt d'égale que celle de son désespoir !

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

C'est la première fois que je lis cet auteur canadien. J'ai vu des critiques assez acérées, des annonces marketing que je sentais déjà bien bidons. Hé bien, non ! Ce roman de presque 600 pages représente sans doute la descente aux enfers la plus terrible qu'on m'ait mise dans les mains. Patrick Senécal touche le Diable sans hésitation, à l'instar de "La promesse des ténèbres" de Maxime Chattam et du film "8mm".

Une descente dans les abysses de la perversité de l'Homme ! Tout ce que vous avez pu lire ou voir au cinéma est à classer dans la rubrique "Dora l'exploratrice". Sans entrer dans les détails (oui, auto-censure nécessaire", des passages font franchement froid dans le dos, allant parfois même jusqu'au dégoût. Les sentiments s'enchaînent, se contredisent, un peu comme le personnage principal qui souffle le chaud et le froid, pris entre sa tête et son coeur. L'adepte des soirées échangistes va vite se transformer en monstre, juste parce qu'il le peut, parce qu'il en a les moyens et que les gens de sa caste le font.

Âme sensible, passez votre chemin ! Car Hell.com saura également vous plonger dans la peau de ses pauvres gens riches qui s'ennuient tant qu'ils ne cessent de repousser leurs limites, et l'inhumanité n'est jamais bien loin. Une chose perdurera : nul n'en sortira indemne.

Rêver, F. Thilliez

Rêver, de Franck Thilliez (FR), Fleuve noir, 2016

Synopsis :
« Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. »

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres.
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.

Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.


Comment Abigaël est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

A force de lire les ouvrages de Franck Thilliez, il ne peut venir qu'un seul mot : dithyrambique ! Pavé après pavé, on se dit qu'il a atteint l'apogée de ce que l'on peut faire, et que forcément, le livre suivant nous décevra un jour ou l'autre. Pourtant, il ne cesse de repousser les limites du possible. Avec Rêver, il a osé mettre de côté ses nombreuses références scientifiques pour s'attaquer à la psychologie humaine. Virage réussi avec succès.

Dire qu'il nous balade serait un doux euphémisme ! De nombreux personnages nous jouent ici un sale tour, tout comme le scénario qui nous jette de la poudre aux yeux. L'héroïne rêve-t-elle ? Est-elle simplement folle à lier ? Son entourage fait-il tout pour la mettre en HP ? Qui est vraiment de son côté ? Ses cauchemars ont-ils un réel sens ? Et quid de cette mémoire qui s'efface et s'étiole chaque fois qu'elle prend son traitement ?

Le fil chronologie est lui aussi un élément qui brouille les pistes, tout comme les jours que le personnage principal ne vit pas. Et pourtant...

Il est dur sinon impossible d'émettre une grande critique sans spoiler ce thriller qui nous empêche de dormir. Il faut juste savoir qu'il a tous les bons côtés pour nous rendre accrocs, page après page, et ce jusqu'à la 600ème. Quand vous l'aurez fini, Franck Thilliez vous donnera encore une énigme à résoudre sur son site pour mieux approcher ce roman.

Bien plus qu'un livre, il s'agit là de recevoir une vraie addiction plein les mirettes ! 

Le coma des mortels, M. Chattam

Le coma des mortels, de Maxime Chattam (FR), Albin Michel, 2016

Synopsis :
Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre ?
Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ?
Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui.
Et rarement de mort naturelle.

Rebondissements incessants, métamorphoses, humour grinçant… un livre aussi fascinant que dérangeant, en quête d’une vérité des personnages qui se dérobe sans cesse.
Un roman noir virtuose dont l’univers singulier n’est pas sans évoquer celui d’un cinéma où David Lynch filmerait Amélie Poulain.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Maxime Chattam prend une place énorme dans ma bibliothèque étant donné que j'ai tous ses romans. On y trouve des thrillers, de la SF et du roman depuis peu. Le coma des mortels fait partie de la dernière catégorie.

On annonçait de l'humour noir, grinçant, on allait même à le comparer à David Lynch, réalisateur de génie (mais zéro, pour certains) ! Autant le dire tout de suite : personnellement, j'ai adoré ce roman tantôt noir que joyeux, gore que sentimental. Parfois, j'y ai trouvé un semblant de romantisme, preuve du bienfait de Faustine Bollaert dans la vie de Maxime Chattam ;-)

De quoi nous parle son dernier roman ? D'un homme vraiment étrange, pour ne pas dire inquiétant par instants. Sans tout dévoiler, sachez qu'il se permet de doper des animaux au zoo, ou également de faire des numéros de téléphone au bol juste pour parler un moment à un-e inconnu-e. Vous voyez donc le type de personnage loufoque, fraîchement sorti d'une dépression abyssale, nous fait-il croire. Encore un détail : tous ceux qui s'approchent de lui meurent tragiquement. A moins qu'il ne les tue lui-même, allez savoir.

Le roman est écrit à la première personne, tout ce que je déteste. Pourtant, il n'aurait pas été possible de l'être autrement...

Ce livre est truffé de comparaisons et métaphores dignes de l'humour d'un Gaspard Proust, de références à notre société qui part en vrilles. 

Et puis, pour ceux qui ne l'auraient pas compris, la solution ultime avouée par l'auteur se trouve en tout fin de livre, mais il faudra gratter la moindre et ne pas faire le faignant en déclarant bêtement : "Ben j'ai rien compris !"

Maxime Chattam s'illustre une nouvelle fois dans un autre registre littéraire. Une oeuvre de son niveau, en parfait amoureux des lettres, des mots, de cet ensemble dont il sait si bien jouer ! A lire au plus vite !

Le dompteur de lions, C. Läckberg

Le dompteur de lions, de Camilla Läckberg (SW), Editions Actes sud, 2016

Synopsis :
C'est le mois de janvier et un froid glacial s'est emparé de Fjällbacka. Une fille à demi nue, surgie de la forêt enneigée, est percutée par une voiture. Lorsque Patrik Hedström et ses collègues sont prévenus, la jeune fille a déjà été identifiée. Il s'agit de Victoria, portée disparue depuis quatre mois. Son corps présente des blessures qu'aucun accident ne saurait expliquer : ses orbites sont vides, sa langue est coupée et ses tympans percés. Quelqu'un en a fait une poupée humaine. D'autres cas de disparitions dans les environs font redouter que le bourreau n'en soit pas à sa première victime.
De son côté, Erica Falck commence à exhumer une vieille affaire pour son nouveau bouquin. Une femme purge sa peine depuis plus de trente ans pour avoir tué son mari, un ancien dompteur de lions, qui maltraitait leur fille avec sa complicité passive. Mais Erica est persuadée que cette mère de famille porte un secret encore plus sombre. Jonglant entre ses recherches, une maison en perpétuel désordre et des jumeaux qui mettent le concept de l'amour inconditionnel à rude épreuve, elle est loin de se douter que pour certains, l'instinct maternel n'a rien de naturel...

Avec ce neuvième volet de la série Fjällbacka, Camilla Läckberg signe un polar crépusculaire et violent. La reine du noir nordique s'y montre plus indomptable que jamais.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Lire le dernier Camilla Läckberg, c'est comme passer au restaurant et commander un filet de boeuf sauce morilles : c'est beau, parfait, savoureux, à déguster avec patience en profitant de chaque bouchée car on n'en a pas tous les jours. Et bien sûr, c'est incomparable !

Avant de poursuivre, rappelez-vous bien que mon intégrité est à revoir lorsqu'il s'agit de Miss Polar de Suède, parce qu'il s'agit là de ma muse littéraire.

Des destins croisés, passionnants et renversants ; un chassé-croisé passé-présent fidèle à ses habitudes, une enquête qui piétine devant des faits troublants et franchement très moches. Avec son tandem Hedström/Falck à bout de patience à cause de leurs progénitures, l'aventure est assurée. L'évolution des personnages avec leurs hauts et bas ajoutent du piment à ce menu frugal !

A nouveau, une perle polie avec soin, un neuvième roman dont on ne peut se lasser. Camilla Läckberg et Actes Sud, un mariage blindé de succès pour des décennies !