Anonymous, Anon.

Anonymous : Souviens-toi du 5 novembre, de Anonyme, Pygmalion-Gérard Watelet Editions, 2016

Synopsis :

1605.
Guy Fawkes tente de faire sauter le palais de Westminster le jour de l'ouverture de la Chambre des lords.

5 novembre 2020.
Le groupe Anonymous diffuse sur l'ensemble des chaînes télévisées du monde entier un message étrangement menaçant : « Nous sommes Anonymous. Nous sommes légion. Nous n'oublions pas. Nous ne pardonnons pas. Redoutez-nous. Souviens-toi du 5 novembre ! » Le monde est sur le point de basculer. Quatre siècles de conspirations vont trouver leur conclusion. Quatre siècles de luttes entre le Pouvoir et les servitudes qu'il impose, et les Anonymes et la liberté qu'ils défendent. De Shakespeare à John Lennon en passant par Charles Manson, l'Histoire appartient au complot. Ces personnalités étaient-elles des Anonymes ou des esclaves du Pouvoir ?

L'auteur de cette fiction a préféré garder l'anonymat. De nos jours, où le réel se mêle au virtuel, on a de plus en plus de mal à distinguer l'information de la propagande, la vérité de l'illusion. En taisant son nom, l'instigateur de cette histoire rend hommage au mouvement dont il s'est inspiré.

Avis 5/5
Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Il y a tant à dire sur ce roman... Par où commencer ? Déjà, il ne s'agit ni d'une enquête de terrain, ni d'une fiction tournant autour de V pour Vendetta.

L'auteur anonyme a su tisser des liens très audacieux entre des faits historiques séparés par quatre siècles. Il fallait oser, il l'a fait, et l'exercice est bien réussi. Après, on y adhère ou pas, c'est selon ses croyances. Que dire également des parallèles tirés entre les Anonymous tels que nous les connaissons et ce cher Shakespeare ! 

Deux forces s'opposent au long du récit : un groupe libertaire, Anonymous, et une société ultra-dominante, Octopus. L'affrontement se rapproche au fur et à mesures que des données secrètes tombent ; un mode d'emploi pour tout anarchiste du web, le projet MK-Ultra de la CIA avec le phénomène Mandchou, etc. Entre Octopus, bien hiérachisé, et les Anonymous décentralisés, la guerre fait rage. Parmi les soldats, des Manchous de tout bord, un gosse asocial de treize ans parano qui manie Internet à sa guise, un vieillard bon à enterrer se réclamant père des Anonymous, deux hackeuses en compétition et un journaliste fainéant qui n'y comprend plus rien !

En fait, j'essaie de vous faire comprendre que c'est un livre à ranger précieusement dans sa bibliothèque ! Il vous tient en haleine non-stop, les chapitres sont courts, la lecture fluide. Tous les ingrédients réunis pour en faire une belle pépite !

Nous sommes Anonymous,
Nous sommes légion,
Nous n'oublions pas,
Nous ne pardonnons pas,
Redoute-vous !
Souviens-toi du 5 novembre

Le sang du monstre, A. Land

Le sang du monstre, de Ali Land (UK), Sonatine, 2016

Synopsis : 
Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée dans une famille d’accueil aisée dans un quartier huppé de Londres. Elle vit aujourd’hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue. si elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses camarades de classe, elle finit néanmoins par se prendre d'affection pour une ado influençable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille de son tuteur, qui ignore tout de sa véritable identité. À l’ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d’un cran pour la jeune fille dont le comportement va bientôt se faire de plus en plus inquiétant.

Avis : 4.8/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 4/5

Un combo qui va faire un terrible bruit : Ali Land et Le sang du monstre. Il faut bien reconnaître une chose aux Editions Sonatine : leur perpetuelle recherche d'un auteur pervers. Avec cette jeune Brittanique, ils ont fait mouche !

Annie, alias Milly, a su jouer son double rôle à merveille. Entre manipulations, colères intérieures et questionnement sur l'héritage que lui a laissé sa tueuse en série de mère, l'adolescente nous pousse à l'empathie. Elle est mignonne, très intelligente, travailleuse à l'école, serviable. Elle a tant souffert, pauvre victime. De plus, Phoebe, la fille de son tuteur, est une peste qui la met de côté et la brime à la moindre occasion. Pourtant, sous l'ange se cache une manipulatrice diabolique...qu'on aime tant.

Voilà le pari réussi par Ali Land ! Des personnages qu'on apprécie ou déteste, des situations telles vingt craies crissant au tableau noir. 

Un roman idéal, parfait, original, où l'émotion est constante et changeante d'une ligne à l'autre, jusqu'au dénouement.

Seul point d'ombre, mais il ne s'agit que d'une question de goût, le style littéraire utilisé pour citer les narrations.

Sinon, rien à redire tant le paquet est bien ficelé, et le piège bien préparé.

Inch'Allah, G. Sinoué

Inch'Allah, de Gilbert Sinoué (EG), Flammarion, 2014

Synopsis : 
1916-2001. Au coeur du Moyen-Orient, quatre familles -une égyptienne, une irakienne, une israélienne et une palestinienne - vont traverser les événements tragiques du XXe siècle, au cours duquel la puissance de certains États a asservi des pays et des communautés qui vivaient jusqu'alors dans la tolérance et la paix.
Personnages tout à la fois courageux, fragiles, dignes et engagés, ils refusent le naufrage que l'Occident leur impose. Génération après génération, tous tentent de préserver la part d'humanité qui les anime. Mais entre la guerre des Six-Jours et celle du Kippour, l'embrasement du Liban et l'Intifada, y a-t-il encore une place pour l'amour ? Une Syrienne aussi passionnée qu'insaisissable et un Égyptien, une Palestinienne prête à tous les combats et un Israélien, vont essayer de le prouver, comme un défi à la folie des hommes.
Voici réunis, en un seul volume, les deux volets de cette fresque grandiose et romanesque.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Un titre pour l'union de ces deux livres qui fera peur à plus d'une personne, de nos jours ! Et pourtant, Gilbert Sinoué aurait pu le nommer autrement : Le Moyen et Proche-Orient pour les Nuls !

Presque un siècle s'est écoulé entre le début et la fin de ces quelques 850 pages. A travers bien des lieux (Palestine, Israël, Egypte, Syrie, Iran, Irak, Libye, Liban, Jordanie), on découvre l'extrême complexité de cette région du monde. Avec les points de vue divers des personnages très nombreux, on tente de démêler l'impossible afin de trouver un semblant de paix ; et essayer de comprendre l'impossible. Tout n'est pas aussi simple et binaire, comme tendraient à nous le faire croire les médias occidentaux.

Mêlant des acteurs fictifs à de véritables personnalités, l'auteur a su tisser un fil historique en pelote de laine tiraillée de toute part !

Tout y est réuni pour assurer une lecture claire et très riche ; y compris dans les notes en bas de pages ou les termes locaux présentés dans bien des langages.

Inch'Allah possède toutes les qualités pour celles et ceux qui aiment l'histoire ou l'ethnologie. Et également les curieux qui aiment approfondir leurs connaissances sur le Moyen et Proche-Orient.

Indésirable, Y. Sigurdardottir

Indésirable, de Yrsa Sigurdardottir (ISL), Editions Actes sud, 2016

Synopsis : 
Employé d’un obscur bureau gouvernemental islandais, Óðinn est chargé d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes dans les années 1970. L’établissement est fermé depuis longtemps, mais des abus mis au jour dans d’autres centres incitent l’État à passer ces foyers au peigne fin pour éviter tout nouveau scandale. Une chape de silence semble peser sur Krókur, mais peu à peu Óðinn découvre que de sombres secrets entourent les anciens pensionnaires. À l’époque, deux jeunes garçons y avaient mystérieusement trouvé la mort, asphyxiés dans une voiture. Et personne ne sait vraiment ce qui est arrivé au bébé du couple qui gérait le foyer, disparu le jour de sa naissance, et dont le destin macabre semble encore hanter les lieux. À mesure qu’il creuse l’affaire, Óðinn se met à entendre des voix, comme si les fantômes du passé, réveillés contre leur gré, s’insinuaient dans sa propre vie. La bouche d’ombre susurre à son oreille, et lentement tout bascule. Le doute, frère du malaise, rogne peu à peu les fragiles certitudes de son existence : la mort récente de son ex-femme était-elle vraiment un accident ? Et qu’a vraiment vu sa fille de onze ans ce jour-là ?
Jouant habilement des ressorts du surnaturel, Yrsa Sigurðard-ottir, voix singulière de la littérature policière islandaise, signe un thriller spectral et glaçant.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Venant d'Islande, je n'avais lu jusqu'ici qu'Arnaldur Indridason qui m'avait laissé avec un avis mitigé. Cela dit, Actes Sud se trompe rarement sur ses auteurs, donc pourquoi ne pas tenter le coup avec cette dame ?

Très bonne idée ! Retenez bien cette auteure : Yrsa Sigurdardottir !!! Certains critiques, voilà quelques mois, ont déclaré que Viveca Sten était capable de faire de l'ombre à Camilla Läckberg. Si j'avais trouvé cette comparaison plus marketing que rationnelle, les raisons ne tiendraient plus avec le roman Indésirable. D'ailleurs, on retrouve la même structure littéraire chez les deux femmes d'Acte Sud.

Premièrement, une description bien détaillée des paysages spéciaux inhérents à l'Islande. Ni trop, ni pas assez ; la proportion est bien dosée. De même pour les maisons et autres bâtiments.

Les personnages sont très attachants ou repoussants, bien distincts et parfois farouches. Chacun a sa part de mystère, assez pour que l'énigme tienne en haleine jusqu'au bout.

La vraie force de ce thriller est là : le fil rouge est tendu telle une toile d'araignée. Des chassés-croisés entre un passé lugubre et un présent tantôt surnaturel, des liens qui se tissent petit à petit et surtout, des fins de chapitre ponctués en forme de cliffhangers qui font d'Indésirable un page-turner.

Le fait que le roman compte 320 pages donne un rythme assez linéaire, juste assez soutenu. Plus d'une personne le lira d'ailleurs en une seule fois.

Yrsa Sigurdardottir compte un nouveau fan, en tout cas !

Hell.com, P. Senécal

Hell.com, de Patrick Senécal (CAN), Fleuve noir, 2016

Synopsis :
« Monsieur Saul, nous vous souhaitons la bienvenue parmi notre groupe sélect. Sachez que l'enfer est partout et qu'il accueille deux classes de résidents : les démons et les damnés. La grande majorité des humains font partie de la seconde classe ; seuls les privilégiés comme vous appartiennent à la première. Et en enfer, les démons ont tous les droits. »

Depuis qu'il a pris la tête de la société immobilière de son père, Daniel Saul est devenu l'un des hommes d'affaires les plus riches du Québec. Dans la jeune quarantaine, beau, fonceur, intelligent et sans pitié pour la concurrence et les losers, Daniel a tout pour lui et ne se gêne pas pour prendre le reste.

Quand Martin Charron, un financier et ancien confrère de collège, lui propose de devenir membre de Hell.com, un site Internet secret où tout – mais vraiment tout ! – est possible pour ceux qui le fréquentent, Daniel sait qu'il ne pourra refuser de s'inscrire. N'est-il pas un « puissant de ce monde », comme son père l'a été avant lui et comme Simon, son fils adolescent dont il a la garde exclusive, le deviendra à son tour ?

Or, ce que Daniel Saul a oublié, c'est qu'on ne monte jamais aux enfers, on y descend ! Et leur profondeur, qui est abyssale, n'aura bientôt d'égale que celle de son désespoir !

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

C'est la première fois que je lis cet auteur canadien. J'ai vu des critiques assez acérées, des annonces marketing que je sentais déjà bien bidons. Hé bien, non ! Ce roman de presque 600 pages représente sans doute la descente aux enfers la plus terrible qu'on m'ait mise dans les mains. Patrick Senécal touche le Diable sans hésitation, à l'instar de "La promesse des ténèbres" de Maxime Chattam et du film "8mm".

Une descente dans les abysses de la perversité de l'Homme ! Tout ce que vous avez pu lire ou voir au cinéma est à classer dans la rubrique "Dora l'exploratrice". Sans entrer dans les détails (oui, auto-censure nécessaire", des passages font franchement froid dans le dos, allant parfois même jusqu'au dégoût. Les sentiments s'enchaînent, se contredisent, un peu comme le personnage principal qui souffle le chaud et le froid, pris entre sa tête et son coeur. L'adepte des soirées échangistes va vite se transformer en monstre, juste parce qu'il le peut, parce qu'il en a les moyens et que les gens de sa caste le font.

Âme sensible, passez votre chemin ! Car Hell.com saura également vous plonger dans la peau de ses pauvres gens riches qui s'ennuient tant qu'ils ne cessent de repousser leurs limites, et l'inhumanité n'est jamais bien loin. Une chose perdurera : nul n'en sortira indemne.