On comptera les étoiles, F. Hana

On comptera les étoiles, de Fleur Hana (FR), J'ai lu, 2019

Synopsis :

Nous avons tous une bonne étoile, encore faut-il la trouver… Lycéenne solitaire et réservée, Amélia entretient toujours des liens très forts avec sa confidente, Maëva, malgré la distance qui les sépare. Elle ne souhaite qu’une chose : ne pas faire de vagues et s’acheminer discrètement jusqu’à la délivrance – le bac. Quand elle rencontre Samuel, elle ne s’attend pas à ce que le bassiste au cœur tendre bouleverse son existence. Prévenant, drôle et sécurisant, il l’amène peu à peu à s’ouvrir aux autres et à la vie. Toutefois, lorsque la jeune fille croise une connaissance du passé, tout bascule. Amélia découvre que certaines blessures ne sont pas refermées, au risque de lui faire perdre à la fois Sam et sa meilleure amie...

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Après plusieurs polars lus à la suite, une petite brève romantique était nécessaire. Après recherches, je suis tombé sur ce roman par un pur hasard sur Babelio et les notes affichées m'ont inspiré confiance. Bien m'en a pris ! Après très peu de pages, l'autrice - ou l'auteure - m'a conquis !

Sam semble être un adulescent idéal, plein de vie, de bonne énergie et sait se faire apprécier. L'autre personnage central n'a rien à voir : Amélia. Celle qu'il va vite surnommer "Lia" demeure mystérieuse, renfermée sur elle-même, discrète au plus haut point. C'est leur idylle assez dantesque que Fleur Hana nous invite à suivre. Lia est entourée de peu de monde ; sa meilleure amie Maëva, sa mère et des souvenirs. Encore une fois, Sam est à l'opposé. Niveau familial, il a trois soeurs très drôles et des parents typiques. Il fait partie d'un groupe de musique presque tous respirent la quiétude. Au-delà de Sébastien et surtout Marie, on s'attache facilement à quiconque. On sent que l'autrice a bien travaillé ses divers sujets. 

Le décor reste banal et peut se trouver n'importe où, en France, dans ce cas.  

Avec sa trame, Fleur Hana va sûrement en surprendre plus d'un ; ce ne fut pas mon cas ;-) J'ai lu en Lia comme dans un livre ouvert, mais l'importance n'était pas là. On sait également qu'un rapprochement va avoir lieu entre elle et Sam, aucune surprise. Le point fort, c'est plutôt le crescendo dans leur relation, leurs dialogues merveilleux, leurs pensées respectives. Si tout est écrit à la première personne, un chapitre sur deux est raconté alternativement par Sam et Lia ; une belle perspective quand on pense à l'issu du roman. 

Plus qu'une romance avec de belles phrases entourées de sucre et de miel, ce livre renferme la naissance objective d'une belle relation d'amour, une vraie, peut-être même vécu. On comptera les étoiles est également drôle. Dans les dialogues, Sam et Lia frôlent parfois avec la philosophie ! On se laisse donc bercer au gré des lignes, puis des pages, sans regretter une seconde d'avoir choisi cette lecture. 

Avec logique et devant le brio de cette écriture, On comptera les étoiles entre dans mes coups de coeur avec grand fracas. Bravo à l'autrice - ou l'auteure ! 

Luca, F. Thilliez

Luca, de Frank Thilliez (FR), Fleuve noir, 2019

Synopsis :

" Existe-t-il encore un jardin secret que nous ne livrions pas aux machines ? "

Partout, il y a la terreur.
Celle d'une jeune femme dans une chambre d'hôtel sordide, ventre loué à prix d'or pour couple en mal d'enfant, et qui s'évapore comme elle était arrivée.

Partout, il y a la terreur.
Celle d'un corps mutilé qui gît au fond d'une fosse creusée dans la forêt.

Partout, il y a la terreur.
Celle d'un homme qui connaît le jour et l'heure de sa mort.

Et puis il y a une lettre, comme un manifeste, et qui annonce le pire.
S'engage alors, pour l'équipe du commandant Sharko, une sinistre course contre la montre.
C'était écrit : l'enfer ne fait que commencer.

Avis : 4.8/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Luca, un roman où l'on reconnaît avec facilité la patte de Frank Thilliez. Technologie, déshumanisation, crimes, SSPT, enquête lourde et intense, transhumanisme, SM hard... Sacré boulot de l'auteur en arrière-plan.

On retrouve notre équipe du 36, Lucie et Sharko, Pascal et Nicolas, Jecko. Un nouveau brigadier-chef, en la personne tortueuse et mystérieuse d'Audra (dont j'ai percé son secret rapidement). Leur psychologie est mise à rude épreuve, ils en bavent clairement, mais pas autant que les victimes. Nos flics sont fidèles au rendez-vous, les revoir est toujours un plaisir tant leurs portraits sont léchés et minutieusement détaillés.

Les décors sont sobres, très sombres, glauques et parfois dégoûtants. Les descriptions peuvent créer des nausées, je vous préviens. 

Le fil rouge se distingue en deux parties : l'Ange et le Diable. L'écriture est fluide, on avance vite (mais pas assez, quelle torture !) et il est difficile de laisser traîner ce pavé de 550 pages sur une table sans ressentir le besoin pressant d'en tourner quelques chapitres. De quoi rendre addicte ! Seul bémol : la fin que j'ai trouvée bâclée, avec des personnages qui tombent de nulle part. Ceci ne gâche en rien cette trame diabolique. 

Dans LucaThilliez joue clairement avec nos nerfs et notre imagination. Il s'y passe des choses qui dépassent largement l'entendement, le politiquement correct et qui violent des codes éthiques sans ciller. Des scènes dépeintes en détails donnent froid dans le dos. Emotionnellement, on termine Luca sur les rotules, rincé par tant de contradictions. 

Vivement le prochain Thilliez s'il est de cette trempe. Un roman excellent qui pose bien des questions entre le réel et le virtuel, les limites entre l'humain et la machine, entre le Big Data et la sphère privée.

 

Succion, Y. Sigurdardottir

Succion, de Yrsa Sigurdardottir (IS), Actes Sud, 2019

Synopsis :

Assise sur les marches glaciales devant l’entrée de sa nouvelle école, Vaka regrette de n’avoir pas mis un manteau plus chaud. Apparemment, son père a oublié de venir la chercher, sa mère a oublié de lui donner de l’argent de poche cette semaine et l’école est déjà fermée. On ne peut décidément pas se fier aux adultes. Résignée à attendre, elle voit bientôt une petite fille approcher. Vaka la reconnaît tout de suite : elle est dans sa classe, c’est celle à qui il manque deux doigts. La petite fille habite juste derrière l’école, alors Vaka lui demande si elle peut venir chez elle passer un coup de téléphone pour appeler son père. Plus personne ne reverra jamais Vaka.

Dégradé et relégué au plus bas de l’échelle après les polémiques qui ont entouré sa dernière enquête, l’inspecteur Huldar doit se contenter des chiens écrasés. Jusqu’au jour où on le charge d’une vérification de routine qui bascule dans l’horreur lorsque, après un signalement anonyme, il trouve deux mains coupées dans le jacuzzi d’une maison du centre-ville. Huldar ignore encore que cette mutilation n’est que la première d’une longue série.

Après ADN, Huldar et Freyja, la psychologue pour enfants, reprennent du service dans une de ces intrigues glaçantes et addictives dont Yrsa Sigurðardóttir a le secret.

 

Avis : 5/5
Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Troisième roman et autant de réussites pour Yrsa Sigurdardottir ! Sans doute sa meilleure réussite jusqu'ici grâce à son intrigue machiavélique.

Si l'on met de côté les noms et prénoms parfois imprononçables de certains individus (avec des lettres inconnues également), on reconnait la qualité de l'auteure pour dresser des portraits très différents et entiers. L'aspect psychologique n'est pas épargné et rien n'est écrit au hasard ou pour créer un remplissage. On retrouve avec plaisir Huldar, le flic plus poissard que jamais et Freyja, la psychologue qu'il contacte avec plaisir dès qu'il le peut bien que leur relation soit tendue.  

L'Islande, ses terres fragiles, sa météo capricieuse et sa politique un tantinet spéciale sont au rendez-vous, sans plus ni moins. Le minimum syndical est bien respecté et ne gêne pas la vitesse de l'enquête. 

Se faire mener en bateau et créer des écrans de fumée, voilà les réussites d'Yrsa Sigurdardottir ! Les chapitres s'accumulent et on croit deviner le pot-aux-roses, puis non, enfin pas tout à fait, les suspects se réduisent, retournement de situation, mensonge, et une vérité criante qui tombe à l'ultime page que vous rêviez d'atteindre après déjà une vingtaine de pages. Vraiment, l'auteure m'a bluffé sur bien des points et c'est à la fois frustrant et plaisant. Le rythme de l'enquête avance, recule, piétine ; à en perdre le nord ! L'excellence de l'intrigue en fait son point fort tant on ne peut jamais tout deviner avant que l'auteure ne l'ait décidé. 

On ressent dans Succion les frissons typiques des écrivains scandinaves ; froideur, cynisme, dégoût, surprise, envie, etc. Aucune page, aucun paragraphe même est neutre et c'est un régal de lire un roman aussi vivant.  

Un livre d'une telle qualité mérite vraiment une attention particulière et un profond respect pour la personne qui arrive à le rediger avec un tel brio. Un coup de coeur vif et incisif, voici le compte-rendu de cette lecture passionnée et passionnante !

La cage dorée - La vengeance d'une femme est douce et impitoyable, Tome 1, C. Läckberg

 

La cage dorée - La vengeance d'une femme est douce et impitoyable, Tome 1, de Camilla Läckberg (SW), Actes Sud, 2019

Synopsis :

Faye a voué sa vie à Jack, elle a tout sacrifié pour lui. Mais lorsque Jack, coureur de jupons invétéré, la quitte pour une jeune collaboratrice, laissant Faye complètement démunie, l’amour fait place à la haine. La vengeance sera douce et impitoyable : il lui a tout pris, elle ne lui laissera rien.

Premier volet d’un diptyque, «La Cage dorée» est un thriller glaçant qui résonne funestement avec l’ère #MeToo. Pour la première fois, Camilla Läckberg quitte Fjällbäcka pour explorer la perversité de l’homme dans les hautes sphères de la société stockholmoise. Et montrer combien il peut être fatal de sous-estimer une femme…

 

Avis : 4.8/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Mis à part Cyanure, un roman rapide à part et la série pour enfants Super Charlie, on ne connaissait de Camilla Läckberg que la décalogie consacrée à Erica Falck et son mari. Avec La Cage dorée, l'auteure nous dévoile une nouvelle facette de son génie. 

En mettant de côté quelques détails, tous les personnages sont issus de la haute sphère de la société de la capitale, gavés de luxe, de produits griffés, de sexe et de chirurgie estéthique. A y voir de plus près, on se demande comment l'auteure est allée chercher certaines figures très antipathiques ! Mais le monde est ainsi fait et ce roman est teinté de requins de toutes sortes. 

Les belles rues de Stockholm, des quartiers cossus, des bureaux de haut design, voilà pour les décors bling-bling qui s'écoulent au fil des pages. 

Une trame typique de Camilla Läckberg qui passe de la Faye actuelle à la Mathilda qu'elle fut autrefois, avant un drame familial l'ayant forcé à quitter son Fjällbacka natal. On sent tout de même que notre héroïne a un côté pervers qui peut ressortir à tout moment et qu'elle arrive souvent à taire. En découvrant son mari culbutant une autre dans le lit conjugal, une seule chose lui trotte dans la tête : la vengeance ! Et là où d'autres auraient utilisé un couteau, un flingue ou un tueur bon marché, Faye opte pour la plus vicieuse des solutions. C'est diabolique et efficace ! Le tout ponctué d'un final alléchant et coup de poing, la recette est épicée. Mais, mais, mais... J'ai trouvé un bémol qui m'a vraiment surpris, quelque chose qui gâche la beauté de ce roman. Découvrez-le ci-dessous mais uniquement si vous l'avez lu, histoire de ne pas tout dévoiler.

Spoiler:
Suis-je le seul à penser que l'enquête va renverser Faye ? Car le sang analysé va bien montrer que le sang est celui d'une femme adulte, et non d'une fillette. De plus, après analyse médicale de Jack cette fameuse nuit, il sera facile de prouver qu'il ne pouvait conduire aussi loin avec tout le Stilnox qui coule dans ses veines...

L'ambiance générale, on y adhère ou pas. Beaucoup de fric qui achète tout, de culte de l'apparence forçant à être hautain, etc. J'ai ressenti assez de dégoût, surtout pour Jack et parfois également pour Faye. De la surprise aussi avec des tournants, de l'excitation pour savoir si et comment Faye va arriver à ses fins. 

En changeant de registre, Camilla Läckberg a pu se mettre en danger en tentant de varier. Comme toujours, son écriture est si fluide, si belle et envoûtante qu'elle ne peut être qu'une réussite. Encore un livre collector de la reine du polar !

Surface, O. Norek

Surface, de Olivier Norek (FR), Michel Lafon, 2019

Synopsis :

Ici, personne ne veut plus de cette Capitaine de police.

Là-bas, personne ne veut de son enquête.

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Lorsque j'ai su que Maître Norek allait publier "Surface" le 4 avril, j'ai compté les jours. Oh comme ce fut long !!! J'avais dévoré ses autres livres avec une rare avidité et j'avais envie que mon admiration pour cet ancien flic de la PJ du 93 devenu écrivain se poursuive. D'emblée, je peux vous dire qu'Olivier Norek fait désormais partie de mon top 5, voire top 3 ! 

La première partie traite de Noémie, une flic à la gueule cassée suite à une intervention. Norek, qui possède l'expérience du terrain, décrit avec minutie son parcours du combattant, elle qui a subi une grave intervention. On rentre dans sa psyché, elle ne peut même plus se voir dans le miroir et même son mec ne peut pas faire face. Et c'est ainsi qu'au 36, elle n'est plus la bienvenue, car elle y exhiberait ses blessures de guerre, faisant craindre à ses collègues le même sort. Si elle avait déjà un certain caractère, cette expérience la rendra encore davantage épineuse. Mais on l'aime, la Capitaine Chastain. On aime son parler, son sens de l'analyse, son intelligence, le fait qu'elle n'ait pas toujours raison, son courage de se rendre dans un village paumé et tranquille pour se retaper une santé. Et c'est dans cette seconde partie qu'apparaissent au gré des pages les autres personnages. Son équipe demeure sympathique, quoiqu'un peu loufoque parfois pour Milk et Bousquet. Les autochtones sont ancrés ici depuis longtemps, avec leurs secrets et leurs cadavres dans le placard... ou ailleurs. On y trouve une folle, un taciturne, un alcoolo notoire, etc. Norek n'use pas des clichés car les personnes tournent ceci en autodérision.

Si la première partie se déroule à Paris, l'essentiel est dans l'Aveyron, autour de six communes. Les lieux sont très bien définis et l'on peut s'y projeter avec beaucoup de facilité. Si vous aimez les barrages, vous risquez d'en changer votre perception assez abruptement.

Et voici le coeur de l'intrigue qui, je dois l'avouer, m'a passionné ! A la surface du lac artificiel, un fût fait son apparition ; un corps d'enfant à l'intérieur. Y a-t-il un lien avec la disparition de trois enfants voilà vingt-cinq ans ? A l'époque, un employé saisonnier du maire avait justement diparu en même temps qu'eux. Des langues se délient, d'autres se menacent, d'autres corps resurgissent. De faux-semblants en mensonges, la Capitaine Chastain devra rabattre les cartes les unes après les autres et avec grande précaution car les fantômes du passé n'aiment pas être dérangés. Entre temps, elle doit faire face à son trauma, son ex et un séduisant plongeur de la fluviale. La trame ne peut qu'être réalisée par un ancien flic tant le déroulé est impeccable, et sans être ennuyant une seule seconde. 

Une enquête palpitante, un bon rythme avec des chapitres courts, un brin de dégoût parfois et même un brin d'humour. Les ingrédient sont parfaitement dosés et maîtrisés, de quoi tenir le lecteur en haleine. 

La magie, avec Olivier Norek, c'est sa faculté à ne pas se répéter, que ce soit dans son genre ou dans son univers. Il sait rendre ses romans vivants et diablement intéressants. Quel plaisir de le lire !!! Cinq romans de sa part, et cinq coups de coeur personnellement. Longue vie au Roi !