Purgatoire des innocents, K. Giebel

Purgatoire des innocents, de Karine Giebel (FR), Fleuve noir, 2013

Synopsis :

Raphaël a passé des années en prison pour vols à main armée puis pour récidive. Pendant son absence, sa mère est morte de chagrin tandis que son jeune frère William prenait le même chemin que lui. Raphaël, à sa libération, entraîne celui-ci dans leur premier braquage en commun, une bijouterie de la place Vendôme, avec la complicité d’un jeune couple. L’affaire tourne mal, un policier et une passante sont tués, et William est grièvement blessé. Leur cavale devient pour Raphaël une véritable course contre la montre : il faut sauver son frère. Les quatre fuyards atterrissent à quelques heures de Paris, et trouvent le numéro d’une vétérinaire, Sandra, qu’ils prennent en otage chez elle, dans sa ferme isolée, et forcent à soigner William. Sa vie contre celle du braqueur. C’est dans cet état d’esprit que Sandra doit opérer dans son salon, sans trembler, elle qui n’est pas chirurgienne. Mais les jours passent et William n’est toujours pas en état de reprendre la route. Et lorsque le mari de Sandra prévient sa femme de son retour, tous attendent. Les uns de le prendre également en otage et Sandra d’être sauvée… ou peut-être autre chose… Car ce que Raphaël ignore, c’est qu’ils sont dans la demeure du diable.

Avis : 4.8/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

Depuis le temps que je vois passer des romans de Karine Giebel, avec très souvent des critiques élogieuses, j’ai pris le temps d’en choisir soigneusement un afin de la découvrir. Diantre, j’aurais dû m’y attarder plus vite !

Huit personnages se partagent les premiers rôles. Afin de ne pas dévoiler des éléments primordiaux de l’intrigue, je ne pourrai qu’effleurer leurs liens.
Tout commence avec quatre braqueurs dévalisant une bijouterie à Paris : Raphaël et William, des frères, ainsi qu’un couple, Fred et Christel. Le frère aîné, Raphaël, demeure le cerveau des opérations. C’est un habitué des casses qui a déjà visité quelques prisons. Il tient à son frère plus que tout au monde, ce qui peut lui coûter cher. Surtout qu’au cours de leur dernier braquage, William a pris une balle. Pour le soigner, le petit commando se pointe chez une vétérinaire dans l’Indre, Sandra, et la prenne en otage. Là-bas, les esprits s’échauffent vite, Fred a un caractère fort mais arrive à faire profil bas. Sa « compagne », Christel, est clairement folle et subit surtout les ordres.
Les quatre compères s’entendent plus ou moins, tandis que Sandra paraît de plus en plus louche, surtout aux yeux de Raphaël. Lorsque celui-ci découvre que le mari est gendarme et qu’il va bientôt rentrer, le ton monte et les esprits s’échauffent. A son arrivée, Raphaël découvre un homme assez âgé, aux airs inoffensifs. Pourtant, le mari, Patrick, pourrait rapidement devenir son pire cauchemar.
Deux autres personnages, à priori que rien ne prédestinait à se mêler à cette histoire, arrivent peu à peu dans le roman. Deux adolescentes, des meilleures amies. Jessica, une fille modèle, obéissante, sage et studieuse et Aurélie, qui navigue entre les foyers, à qui la vie n’a rien épargné.
Le point fort de Karine Giebel réside sans doute ici. Du fait du petit nombre de personnages (car il va y avoir… comment dire… quelques morts…), ils sont admirablement bien travaillés, léchés dans les détails et on parvient à les isoler aisément dans notre esprit.

Après un rapide tour sur Paris, le reste du roman se déroule quasiment en totalité dans l’Indre, entre une maison, une remise et une forêt. Parfois, on suit le passé des protagonistes à Marseille. Les décors sont bien définis et on se projette facilement dans ces lieux sordides.

Ce thriller est rapidement mené en huis-clos. L’atmosphère et l’ambiance sont étouffants, les tortures vont crescendo et l’auteure a désiré ne rien nous épargner. C’est tant mieux. On suit plusieurs points de vue, les uns après les autres, à travers bien des manipulations. Le fil rouge demeure simple et diabolique, nous savons la direction que Karine Giebel souhaite prendre et elle le fait lentement, avec une écriture à la fois lourde de sens et vicieuse à la fois. Le seul point négatif à mes yeux ? La fin. Après tant de péripéties, je l’ai trouvée abrupte, trop facile. Au moins, je ne m’y attendais pas. L’épilogue de Purgatoire des innocents remet l’église au milieu du village quant aux derniers personnages ayant survécu. Très triste, mais la fatalité n’en est que compréhensible.

Si vous êtes sensible à la torture psychologie ou physique, à la violence psychologique, physique ou sexuelle sur mineurs, attention à vous ! Purgatoire des innocents est parfois d’une violence sans limite, avec des perversions suffocantes, des actes ignoble qui pourraient vous empêcher de dormir. Ce roman déborde d’hémoglobine, de testostérones et de manipulations sordides. La violence et la soumission règnent en maîtresses des horreurs. Oui, vraiment, ce roman fait froid dans le dos ! De quoi déranger.

Karine Giebel réussit un ouvrage très complet avec les codes des meilleurs thrillers. Des chapitres intenses, assez courts, dont on ne peut ressortir indemne. Il va sans dire que si Purgatoire des innocents est le premier roman que je lis de cette auteure, il ne sera pas le dernier.