L’archipel des larmes, C. Grebe

L’archipel des larmes, de Camilla Grebe (SW), Calmann-Lévy, 2020

Synopsis :

Trop de larmes ont coulé sur l’archipel de Stockholm.

Une nuit de février 1944, à Stockholm, une mère de famille est retrouvée morte chez elle, clouée au sol. Trente ans plus tard, plusieurs femmes subissent exactement le même sort.
Dans les années 80, le meurtrier récidive mais ce n’est qu’aujourd’hui que des indices refont surface.
Britt-Marie, Hanne, Malin…
À chaque époque, une femme flic se démène pour enquêter, mais les conséquences de cette traque pourraient s’avérer dévastatrices.

L’Archipel des larmes, magistralement construit, nous fait traverser les décennies suédoises en compagnie de femmes hors du commun, avides de justice, et déterminées à arrêter ce monstre.

Avis : 3.2/5

Personnages : 4/5
Décors : 5/5
Trame : 2/5
Emotion : 2/5
Globale : 3/5

L’archipel des larmes est le deuxième roman de Camilla Grebe auquel je m’attaque après son prometteur L’ombre de la baleine. Se trouvant dans ma PAL depuis (trop) longtemps, il était grand temps de plonger dans ce roman estampillé « Prix du meilleur polar suédois ».

Le roman est découpé en quatre parties avec chaque fois un protagoniste principal différent. Pour ne pas gâcher le plaisir, je ne citerai pas le quatrième et dernier personnage, car cela briserait un certain suspense.
On retrouve Elsie, en 1944. Une auxiliaire de police, meilleur poste disponible pour une femme à cette époque. On la prend immédiatement en pitié, entre son passé douloureux et la manière dont on la traite au travail pour la simple raison que c’est une femme…
Au début des années 70, c’est Britt-Marie qui prend les rennes de l’histoire. Première femme en Suède à entrer dans la brigade criminelle, elle n’est qu’assistante, ce que lui fait bien comprendre son supérieur, le commissaire Fagerberg, un macho taciturne qui voit en elle le déclin de la société suédoise. Afin de contrebalancer ce traitement de choc, Britt-Marie peut compter sur un charmant agent venant de Dalécarlie, Rybäck, un gentleman charmeur, compréhensif, à l’écoute et aimable. Britt-Marie est mariée à Björn, un alcoolique notoire à qui elle pardonne tout. Pour se consoler, elle ne peut s’appuyer que sur leur fils, Erik, et sa belle-mère. Si vous vous mettez à la place de Britt-Marie, il vous serait impossible de survivre dans la morosité et le dédain qu’on lui prête.
Dix ans plus tard, Hanne prend la relève. Enseignante en criminologie, elle représente également la pionnière en profilage criminel. Intelligente, un brin naïve, elle fait équipe avec Linda, une personne vraiment attachante et bourrée de joie de vivre, Leo et surtout le commissaire Robban qui n’est pas indifférent à ses charmes. Hanne est mariée à un psychiatre, Owe, et très vite, on se rend compte de ses moeurs dissolus.
Le temps file jusqu’en 2019 avec la brigade de choc que Camilla Grebe utilisait déjà autrefois : les agents Malin, Manfred et Led’, sans oublier leur supérieur Bodil, une vipère égoïste et autoritaire. Malin reste la femme au sacré tempérament qu’on lui connaissait déjà, acharnée de travail, intelligente et radieuse. Son mari, Andreas, est père au foyer, car en Suède, le père peut à présent prendre un long congé parental. Des personnages d’autres époques réapparaissent : Hanne, Fagerberg, Robban, Björn et Erik.
Voici le condensé des personnages ! Une belle petite foule hétéroclite, structurée, bien définie et parfois clichée.

Un point fort de L’archipel des larmes ? Ses décors. Si on ne quitte jamais Stockholm, on voit la capitale évoluer au fil des ans, transformant sa démographie, ses quartiers et ses rues. Les saisons se succèdent et l’auteure apprécie de nous transmettre un coup d’oeil sur la nature. La chronologie du roman n’en demeure que plus intéressante.

Le fil rouge de L’archipel des larmes demeure à mes yeux un mystère. Chaque époque a son crime et son héroïne. On suit également l’évolution de la femme au sein de la société et plus particulièrement dans la police. Mais c’est redondant et assez lent. Le personnage principal enquête, puis on passe au suivant et tout recommence à zéro ou presque. De plus, tout n’a pas été résolu.
On aime ou pas cette méthode ! Je trouvais l’idée audacieuse et originale au départ avant de m’en lasser vers le milieu. Fort heureusement, Britt-Marie, Hanne et Malin rehaussent le niveau et leur personnage donne de la couleur au texte, tantôt clair tantôt sombre. On sent crescendo le féminisme monter jusqu’à son paroxysme, sans doute un peu trop au détriment des enquêtes.

Un bon polar se doit d’être chronophage, mais le manque (ou peu) d’émotions a rendu L’archipel des larmes terne. Dégoût, curiosité et colère, un cocktail de base auquel il manque cruellement de relief.

Le bandeau « Prix du meilleur polar suédois » est très aguicheur et il faut assumer derrière. Camilla Grebe n’arrive cependant pas à me faire oublier d’autres auteurs, certes moins connus, mais tout autant talentueux. L’archipel des larmes demeure fort intéressant et son approche sociétal et ses divers personnages restent ses points forts. Ceci dit, je reste sur ma faim !