Absolution, Y. Sigurdardottir

Absolution, de Yrsa Sigurdardottir (IS), Actes Sud, 2020

Synopsis :

La troisième enquête de Huldar et Freyja.

Une adolescente est battue à mort dans le cinéma où elle travaille. Sur son compte Snapchat, des vidéos d’elle sont envoyées à ses amis : on la voit supplier d’être pardonnée. Quand le corps est retrouvé, on découvre qu’il est marqué d’un « 2 ». Quelques jours plus tard, un jeune homme subit le même sort. Son corps à lui est marqué d’un « 3 ». Huldar intervient alors dans l’enquête, accompagné d’Erla.

Leur relation est toujours tendue suite aux événements de Jugement, mais ils s’efforcent de collaborer pour trouver le tueur et comprendre s’il existe un corps « 1 » qu’ils n’auraient pas encore découvert. Freyja est elle aussi amenée à rejoindre l’enquête. Ses soupçons se forment rapidement : cette affaire serait directement liée à des cas de harcèlement. Mais ayant elle-même été victime de cela par le passé, son avis pourrait être biaisé.

Ils sont tous d’accord sur deux points : la vérité est loin d’être simple, et le meurtrier ne vas pas s’arrêter là..

Avis : 3.4/5

Personnages : 4/5
Décors : 4/5
Trame : 2/5
Emotion : 4/5
Globale : 3/5

Quatrième roman de l’excellente Yrsa Sigurdardottir et troisième opus de sa saga avec Hulda et Freyja à la baguette. Après ADN et Succion, en route pour Absolution !

On retrouve certains personnages dont, bien entendu, Huldar et Freyja, ces amoureux qui s’aiment, ou qui ne s’aiment pas, ou alors juste un peu. A noter que la psychologue est moins présente dans ce roman alors qu’une partie de son passé vient la tourmenter. Huldar reste fidèle à ses principes : bourru, bagarreur, avide de travail et surtout très bon enquêteur. Sa relation avec Erla, sa supérieure, est complexe à souhait pour une raison que je ne peux citer ici sans spoiler le précédent roman. Entre les deux, rien ne va plus et tant pis si le travail souffre de leur mésentente. Erla occupe vraiment les premiers rôles, avec ses qualités et ses défauts qu’on lui connait déjà. Les personnages secondaires ne manquent vraiment pas, dont certains demeurent fort intéressants. Les tandems de bourreau/souffre-douleur entre Stella et Adalheidur, de même que celui d’Egill et David occupe toute l’enquête alors qu’eux-mêmes n’apparaissent que rarement. Le collègue de Huldar, Gudlaugur, se fait malmener au fil du bouquin alors qu’il est jeune, poli, aimable et professionnel. Son lien avec Ásta, une infirmière liée à l’enquête, reste troublant jusqu’à la fin. Cette dernière joue également un grand rôle dans l’histoire. Non sans reste, un père de famille, Mördur, qui vit encore mal la tentative de suicide de sa fille, Laufhildur, plusieurs années auparavant. Un cocktail de personnages bien étudiés, bien définis, rendant le tout explosif au possible !

En guise de décors, on retrouve la capitale islandaise avec sa météo aléatoire, les lieux sont bien dépeints. On a vu mieux, mais bien pire également. C’est le genre de carte postale qu’on aime ou non.

Ce qui m’a le plus déçu dans Absolution, c’est la trame d’une faiblesse abyssale. La lenteur des enquêtes est affligeante, surtout pour cette plume de qualité que représente Yrsa Sigurdardottir. Tout tourne autour du harcèlement en milieu scolaire, ses méfaits, la destruction systématique des victimes sans que quiconque ne puisse y changer quoi que ce soit. Alors forcément et malgré les statistiques, il y a rarement une vengeance infligée aux bourreaux. Mais ça, l’auteure en a fait fi. De même pour la piste des tueurs multiples qui ferait rire tout amateur de criminologie. Non, réellement, ce roman policier pur et dur ne restera pas gravé dans les annales.

Ayant plus d’un tour dans son sac, Yrsa Sigurdardottir arrive malgré tout à nous remplir d’émotions et de sentiments divers : la rage, la colère, la rancoeur, la joie, le rire, la peur, l’introspection, etc. Son message passe tout de même pour celles et ceux qui sauront avoir la sagesse de s’y attarder.

Bien que son style d’écriture reste de qualité, j’ai trouvé parfois les tournures de phrases alambiquées, nécessitant une relecture de certains passages afin de ne rien manquer. Dans ses autres oeuvres, je ne me rappelle pas avoir été si perdu par moment.
Absolution est un roman qui ne restera pas gravé dans ma mémoire, mais qui peut passer. J’espère vraiment que l’auteure rendra une prochaine copie de meilleure facture.