La dame de Reykjavik, R. Jónasson

La dame de Reykjavik, de Ragnar Jónasson (IS), Editions de la Martinière, 2019

Synopsis :

 » L’inspectrice islandaise Hulda Hermannsdóttir est la meilleure héroïne tragique que nous avons lue depuis longtemps.  » The Times

Hulda a tout donné à sa carrière. Mais en faisant toujours cavalier seul. Elle a beau être une des meilleures enquêtrices du poste de police de Reykjavik, à soixante-quatre ans, sa direction la pousse vers la sortie.

La perspective de la retraite l’affole. Tout ce temps et cette solitude qui s’offrent à elle, c’est la porte ouverte aux vieux démons et aux secrets tragiques qu’elle refoule depuis toujours. Et ses échappées dans la magnificence des paysages islandais, pour respirer à plein poumons la sauvagerie de son île, ne suffiront plus, cette fois.
Alors, comme une dernière faveur, elle demande à son patron de rouvrir une affaire non résolue. Elle n’a que quinze jours devant elle. Mais l’enquête sur la mort d’Elena, une jeune russe demandeuse d’asile, bâclée par un de ses collègues, va s’avérer bien plus complexe et risquée que prévu. Hulda a-t-elle vraiment pesé tous les risques ?

Par l’auteur de Snjór et des enquêtes de Siglufjördur
Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à dix-sept ans, la traduction de ses romans en islandais. Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en trois ans seulement au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. Son nouveau roman, La Dame de Reykjavik, a été traduit dans vingt-cinq pays.

Avis : 4/5

Personnages : 4/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 3/5
Globale : 4/5

Après avoir dévoré les trois premiers romans de Ragnar Jónasson se déroulant à Siglufjördur avec l’inspecteur Ari Thór comme limier principal, j’ai désiré poursuivre une autre histoire avec ce même auteur. Allait-il me surprendre ? En bien ? Sa nouvelle héroïne se montrerait-elle à la hauteur de mes hautes attentes ? Sans hésiter, je me suis plongé dans le premier volait de La dame de Reykjavik.

Une fois n’est pas coutume, le personnage principal, Hulda Hermannsdóttir, est une femme à qui la retraite tend les bras ! Elle a dû avaler bien des couleuvres du fait de son sexe et on la mésestime. Pourtant, c’est une bonne flic, enfin, jusqu’à aujourd’hui. Sans le vouloir, elle cumule les bourdes et les mauvais choix, et s’attire les foudres de son supérieur, Magnus, qui tente de la pousser dans ses charentaises le plus tôt possible. La tête dure, Hulda désire encore mettre une ultime pierre à son édifice avec une affaire classée de manière… négligée. Au fil du récit, on apprend des flashbacks qui ont fait d’elle la personne qu’on a là, sous nos yeux. Car cette dame a vécu bien des péripéties, sans jamais baisser les bras. D’autres flashbacks s’invient, un homme et une femme, partis à l’aventure dans une vallée. Qui sont-ils ? A-t-elle raison de lui accorder toute sa confiance ?
Dans son enquête, Hulda va rencontrer Dora, la responsable du centre de requérants où vivait Elena, la victime, Albert, son avocat qui valide des informations faisant pensant à un meurtre et non un suicide, son frère Baldur, un peu louche, et Bjartur, l’interprête. Sans oublier un homme, Pétur, veuf, qui pourrait aider Hulda à se réconcilier avec l’amour étant donné qu’elle est également veuve et que dépérir seule ne l’intéresse pas.

Cette fois-ci, Jónasson nous emmène à Reykjavik, la capitale entourée de résidus de volcans. Les paysages y sont décrits avec une grande fiabilité, autant la nature que la météo. Les détails dépeints amènent une certaine ambiance au récit sans jamais l’encombrer.

Sur les trois trames différentes, je dois avouer que l’une n’a pas apporté son effet. Le passage biographique de Hulda n’amène pas beaucoup de relief à ce moment. C’est intéressant, certes, mais quelle est la finalité ? L’autre intrigue, relative aux deux personnes allant passer une nuit en montagne, a de quoi donne du grain à moudre. D’ailleurs, je l’avoue, mon moulin s’est enrhumé et je me suis perdu dans mes supputations en faisant chou blanc ! Rageant, mais j’aime ça. Sinon, l’enquête principale se laisse lire, le rythme est assez prononcé, les chapitres courts, et on compte gentiment les éléments troublants qui s’accumulent. Et, pour tout dire, j’ai adoré la fin. Parce que ce type de fin, c’est d’une trop grande rareté ! Je peux également comprendre que bien des lecteurs ne l’aient pas apprécié.

C’est étrange, mais avec La dame de Reykjavik, je n’ai pas ressenti tant d’émotions que cela. De l’empathie essentiellement, je dirais, et un peu de colère.

Ragnar Jónasson est sorti de sa zone de confort et son style a également changé (malheureusement). Fini les huis clos, terminé les Cluedo islandais. Là, il a tenté autre chose, et ce changement peut porter ses fruits. J’ai hâte de lire la suite afin de voir la direction qu’il a utilisée. Avec ce roman, Jónasson s’est quelque peu détaché de son mentor, Agatha Christie.