Nátt, R. Jónasson

Nátt, de Ragnar Jónasson (IS), Editions de la Martinière, 2018

Synopsis :

En Islande, les fjords et les volcans dissimulent des secrets macabres. Une seule règle : ne pas se fier aux apparences.

C’est l’été à Siglufjördur. Le climat de ce village du nord de l’Islande est si rude que le jeune policier Ari Thór voit arriver avec soulagement cette saison où le soleil brille à toute heure du jour et de la nuit. Mais le répit est de courte durée. Un homme battu à mort est découvert sur les bords d’un fjord tranquille. Une jeune journaliste vient fouiner d’un peu trop près. Que cherche-t-elle à découvrir ? Ou à étouffer ?
Surtout, l’éruption spectaculaire de l’Eyjafjallajökull recouvre peu à peu toute l’Islande d’un épais nuage de cendres. Cette étrange  » nuit  » – nátt, en islandais – fait remonter les secrets les plus enfouis. Personne ne sera épargné. Pas même Ari Thór, qui doit pourtant boucler son enquête au plus vite, s’il veut éviter de nouveaux crimes.

Avis : 4.4/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 4/5
Emotion : 4/5
Globale : 4/5

Troisième roman en compagnie de ce cher Ragnar Jónasson et son enquêteur fétiche Ari Thór. Ceci dit, petit problème avec les Editions de la Martinière qui vient gâcher un peu la fête. L’ordre de cette trilogie qu’ils nous proposent n’est pas la bonne !!! Du coup, certains éléments sont connus… Vraiment dommage ! Le bon ordre : Snjór, Nátt, Mörk. Viennent ensuite Sótt et Vík. Mettons ceci de côté malgré tout.

Ari Thór, esseulé sentimentalement, progresse gentiment au sein de son équipe et Tómas est sur le point de l’adouber. Un meurtre commis dans une ville voisine va les amener à éplucher bien des profils. Qui était Elías, la victime ? Etait-il si aimable ou cachait-il bien son jeu ? Et ses collègues, Svavar, Logi et Páll, ainsi que leur chef, Hákon, ont-ils joué un rôle dans ce crime ? Ou alors Joí, avec qui Elías venait de se disputer ? Et pourquoi Ísrún, journaliste lambda, est-elle prête à mentir pour que son rédacteur l’envoie sur le terrain mener l’enquête ? Y a-t-il un lien avec ce fameux médecin ayant été radié de l’ordre pour faute professionnelle par le passé et pour qui travaillait Elías ? Une chose est certaine : bien des personnages avaient de bonnes raisons d’en vouloir à cet étrange Elías. Et tout le monde a quelque chose à cacher, non ? Surtout dans cette petite communauté.
En dessinant parfaitement le trait de ses protagonistes, Jónasson distille à merveille les informations et s’offre ainsi une possibilité infinie de route possible. Personne n’en dit trop, juste assez pour égayer notre curiosité. A nouveau, il démontre ici son point fort.

L’Eyjafjallajökull ! Difficile sinon impossible à prononcer sans s’y reprendre maintes fois. Dites-le 10x en 10s et je vous offre un verre et tout mon estime ! L’Eyjafjallajökull, c’est ce fichu volcan islandais qui a paralysé une partie du monde il y a quelques années. Dans Nátt, ce géant vient de se mettre en éruption et inonde le ciel de cendre. Les paysages s’en retrouvent bouleversés, même la chaleur devient folle et empoissonne un ciel devant, à cette période de l’année, se montrer découvert H24.

Jónasson garde la même recette avec une structure claire et limpide : des chapitres courts, quelques rares flashbacks et un enchevêtrements d’histoires se superposant ou non. Comme à son habitude, il réussit à cacher une aiguille dans une pelote de laine bourrée de noeuds bien serrés. Et ce n’est que petit à petit qu’il nous ouvre à son grand final après que soient tombée une ribambelle de secrets.

Soyez rassuré, ce polar ne vous laissera pas de marbre ! On s’impatiente, certains comportements nous irritent ou nous font rire. Il y a de quoi nourrir votre cerveau de bonnes émotions !

Nátt est un très bon roman façon page-turner rédigé à l’islandaise, pour les gens qui connaissent. Ce n’est pas le meilleur opus de Ragnar Jónasson, certes, mais avec tant de qualités dans ces pages, ce serait fort dommage de passer à côté sans le dévorer !