Fight Club, C. Palahniuk

Fight Club, de Chuck Palahniuk (USA), Editions Gallimard, 1999

Synopsis :

«Laisse-moi te parler de Tyler. Tyler dit : les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder. C’est seulement après avoir tout perdu que tu es libre de faire ce dont tu as envie. Le fight club t’offre cette liberté. Première règle du fight club : Tu ne parles pas du fight club. Deuxième règle du fight club : Tu ne parles pas du fight club. Tyler dit que chercher à s’améliorer, c’est rien que de la branlette. Tyler dit que l’autodestruction est sans doute la réponse.»

Avis : 5/5

Personnages : 5/5
Décors : 5/5
Trame : 5/5
Emotion : 5/5
Globale : 5/5

La permière règle qui m’interdit de parler du Fight Club ne vaut pas ici. Il faut en parler, le partager, le propager le plus possible, le faire grandir jusqu’à ce qu’il prenne forme !  Chuck Palahniuk nous livre avec ce roman sa vision objective des maux de notre société, pas étonnant donc que David Fincher l’aie porté à l’écran en 1999, avec deux acteurs monstrueux : Edward Norton et Brad Pitt. Etant mon film de chevet, je me devais de lire ce qui en était à l’origine et franchement, je ne peux pas dire que j’ai été déçu !

Le narrateur ne dévoile jamais son identité. Ce « je », vous l’aimez immédiatement, parce que ça pourrait être vous. Vie normale, boulot, dodo, meubles Ikea, bouffe en kit, déprime, insomnie, etc. Une personne lambda avec une vie bien rangée, mais qui se fait vraiment chier au fond de lui et voit chaque jour le rapprocher un peu plus de la mort. C’est en rencontrant le second personnage, la cause de tous ses maux, Marla Singer, que tout commence réellement.  Ce « déchêt de l’humanité », comme elle le déclare volontiers, suicidaire, perverse et profitant du décès de ses voisins pour resquiller leur nourriture, va bouleverser à jamais le narrateur. Car après Marla vient le fameux, le vénéré Tyler Durden. Un type qui cumule deux jobs à sa manière : projectionniste qui insère du porno dans des films standards et serveur de banquets ; banquets lors desquels il urine dans les soupes ou pète sur les meringues des grands capitalistes. Tyler est un je-m’en-foutiste, désireux de voir la société changer radicalement, voyant que le consumérisme l’a tuée en douceur. Cet anarchiste débute son plan de remise à l’ordre en créant le premier Fight Club.

Sombre, lugubre, tout est décrit de manière brute et sans prendre de détours futiles. Cela peut parfois sembler abjecte, mais avec un minimum de recul, de bonne volonté et de rationalisme, on ne peut qu’adhérer. La maison de Paper Street a même son charme malgré les stockages de graisse provenant des liposuccions.

Le roman demeure assez court et ressemble beaucoup au film. En lisant les lignes précédentes, vous voyez déjà le fil rouge : un insomniaque, rencontre avec une folle, rencontre avec idéaliste amateur de chaos, mise en commun, Fight Club, endoctrinement, Projet Chaos, réalité…

Les mots défilent et on vitupère contre les propos avant de devenir fataliste. Des scènes valent le détour et vous assez d’humeur maussade par l’euphorie, du rire à une empathie devant les gens de groupes de paroles. Et puis, on peut être en colère contre l’auteur qui nous ouvre les yeux sur notre propre vie…

Ecriture atypique, style décousu et bluffant, Chuck Palahniuk appuie là où ça fait mal. Son roman aurait eu moins d’impact sans son film éponyme devenu culte tant il sort de l’ordinaire, du politiquement correct. Une vraie jouissance à (re)découvrir et savourer !